5 mai 2026

Rougeole au Niger : une épidémie en forte hausse à surveiller

Rougeole au Niger : une épidémie en forte hausse à surveiller

Le médecin François Rubona, coordinateur médical de Médecins Sans Frontières au Niger, alerte sur l’évolution préoccupante de l’épidémie de rougeole dans le pays. Depuis février, MSF mène des campagnes de vaccination dans plusieurs régions pour endiguer cette hausse précoce des cas.

Comment évolue l’épidémie de rougeole au Niger en 2021 ?

Le Niger fait face à une hausse alarmante des cas de rougeole en 2021. Selon les chiffres officiels, le pays a recensé 3 213 cas au premier trimestre, contre seulement 1 081 l’année précédente, soit une multiplication par trois. En avril, plus de 6 000 cas suspects avaient été enregistrés, entraînant déjà 15 décès. 27 districts sanitaires sur 73 sont actuellement en situation épidémique, avec une concentration des cas dans les régions d’Agadez, Dosso et Tahoua.

La rougeole, maladie virale extrêmement contagieuse, figure parmi les principales causes de mortalité infantile dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une couverture vaccinale de 95% pour l’éradiquer. Pourtant, au Niger, certains centres de santé affichent un taux de vaccination ne dépassant pas les 50%. Dans des zones comme Diffa, Tillabéry ou Tahoua, l’insécurité croissante limite l’accès aux soins, tandis que la pandémie de Covid-19 a perturbé les campagnes de vaccination de routine.

Quels obstacles entravent la lutte contre la rougeole au Niger ?

L’apparition de la Covid-19 en mars 2020 a généré des craintes dans la population, entraînant une réduction de la fréquentation des centres de santé. Les mères ont moins amené leurs enfants pour les vaccinations systématiques, par crainte de contracter le virus.

Les équipes médicales ont également subi les conséquences de la pandémie : des agents infectés ou en quarantaine ont réduit les effectifs disponibles, et les ressources ont été redirigées vers la lutte contre le Covid-19 au détriment des actions préventives. Par ailleurs, les restrictions commerciales et les fermetures de frontières ont compliqué l’importation de vaccins et d’intrants médicaux. En réponse, MSF a acheminé près de 700 000 doses de vaccins pour faire face à la crise.

Un autre défi majeur réside dans la méfiance accrues des populations face à la vaccination. Dans certaines zones comme Niamey ou Tillabéry, des rumeurs ont confondu les vaccins contre la rougeole et ceux contre la Covid-19, poussant des familles à refuser les injections. Pour y remédier, MSF a intensifié ses campagnes de sensibilisation pour rappeler l’importance de vacciner les enfants contre la rougeole et briser la chaîne de transmission.

Quelles perspectives pour les prochains mois au Niger ?

La situation épidémiologique reste très préoccupante au Niger. La baisse de la couverture vaccinale et l’interruption des campagnes de vaccination de routine pourraient avoir des répercussions sur plusieurs années. Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de recrudescence de maladies évitables par la vaccination, comme la méningite avec plus de 1 100 cas recensés.

Avec l’approche des saisons à risque — paludisme et malnutrition —, la vigilance doit être maximale. L’année dernière, le paludisme a atteint des niveaux exceptionnels en durée et en intensité, se prolongeant jusqu’en janvier 2021. Les prévisions pour la sécurité alimentaire et la malnutrition sont également alarmantes en 2021, nécessitant une attention particulière, notamment dans les régions de Maradi et Zinder, souvent moins prioritaires pour les bailleurs de fonds.