18 août 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Sénégal : la déclaration de patrimoine au cœur d’un débat référendaire inattendu

Un jalon significatif a été posé pour la transparence politique au Sénégal. Ce lundi 17 août 2026, l’Assemblée nationale a adopté un texte renforçant l’obligation de déclaration de patrimoine, une exigence déjà ancrée dans la Constitution sénégalaise depuis 2001. Le vote, qui a recueilli 133 voix sur 165 députés, marque une étape cruciale.

Désormais, les trois plus hautes autorités de l’État – le président de la République, le premier ministre et le président de l’Assemblée nationale – sont tenues de divulguer leur patrimoine. Cette déclaration devra être effectuée non seulement au début de leur mandat, mais également à sa conclusion, auprès du Conseil constitutionnel, dans un délai de trois mois.

Cette avancée est chaleureusement accueillie par le Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko, actuel président de l’Assemblée nationale.

« L’adoption d’une telle législation ne peut que consolider la transparence dans la gestion des affaires publiques, en parfaite conformité avec les principes du Pastef d’Ousmane Sonko. Il est essentiel que les citoyens sénégalais puissent surveiller les biens de leurs dirigeants afin de lutter contre l’enrichissement illicite et le gaspillage des ressources étatiques », a affirmé Ansoumana Sambou, membre du Secrétariat national à la communication du Pastef.

La réforme sur le patrimoine renvoyée au référendum (audio)

Référendum : une décision qui surprend

Malgré l’adoption massive du texte, l’issue n’est pas encore définitivement acquise pour le Pastef, à l’origine de cette proposition législative.

Le ministre de la Justice a en effet annoncé que « le président de la République a fait savoir au président de l’Assemblée nationale qu’il a pris la décision de soumettre la présente proposition de révision au référendum pour son approbation, conformément à l’article 4 de l’article 103 de la Constitution ».

La réforme sera donc soumise à un vote populaire par référendum, comme l’a précisé le ministre de la Justice, Moussa Sarr. Selon lui, cette initiative devrait s’intégrer dans une réflexion constitutionnelle plus vaste au Sénégal.

Sénégal, Mbour, 2024 | Rassemblement électoral de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Le coût d’un référendum en question

L’analyste Moussa Diaw exprime son incompréhension face à ce choix de référendum.

« On s’interroge sur la raison pour laquelle le président de la République souhaite soumettre cette loi à un référendum, alors qu’il en approuve le principe. Il est difficile de comprendre pourquoi engager des dépenses importantes pour un référendum, alors que le Sénégal fait face à des difficultés économiques considérables », a-t-il déclaré.

Pour Ansoumana Sambou du Pastef, l’opinion publique sénégalaise est largement favorable à cette mesure, rendant la tenue d’un référendum d’autant plus énigmatique.

« Le sujet n’a jamais été source de controverse. Au contraire, la déclaration de patrimoine, tant à l’entrée qu’à la sortie d’une fonction, est perçue très positivement, quel que soit le poste occupé », a-t-il souligné.

La réforme de la déclaration de patrimoine transcende ainsi son statut de simple dossier institutionnel pour devenir un nouveau terrain d’affrontement politique entre le Pastef d’Ousmane Sonko et la mouvance présidentielle menée par Bassirou Diomaye Faye.

Ce mercredi 19 août, l’Assemblée examinera le texte relatif aux crédits spéciaux, ces fonds souvent qualifiés d’« opaques » et gérés par la présidence et la primature. Des débats houleux sont à prévoir.