12 mai 2026

Sénégal : tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko analysées par l’opposition

Au Sénégal, la dyarchie formada par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko est désormais scrutée à la loupe par l’opposition. Abdou Mbow, membre du groupe parlementaire Takku Wallu et cadre de l’Alliance pour la République (APR), qualifie la situation de « bras de fer politique » et de « crise institutionnelle ». Une analyse qui vise à décrypter les signaux contradictoires émis par le sommet de l’exécutif ces dernières semaines.

Une gouvernance partagée sous haute tension

Élus en mars 2024 sur un programme commun de rupture, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnaient jusqu’ici une collaboration revendiquée par le parti Pastef. Pourtant, la répartition des rôles entre présidence et primature, présentée comme harmonieuse, laisse désormais transparaître des divergences croissantes. Ces désaccords portent notamment sur le rythme des réformes, la gestion des affaires judiciaires héritées du précédent régime et la communication gouvernementale.

Pour Abdou Mbow, ces tensions ne sont plus de simples malentendus : elles reflètent un conflit larvé entre deux centres de pouvoir. Chaque camp chercherait à imposer sa propre cadence. La question centrale réside dans la primauté politique d’Ousmane Sonko, leader historique de Pastef et tête de liste victorieuse aux législatives de novembre 2024, face à un président dont les prérogatives constitutionnelles en font le seul détenteur du pouvoir exécutif suprême.

L’APR mise sur les dissensions pour rebondir

L’Alliance pour la République, formation de l’ancien chef de l’État Macky Sall, mise sur ces frictions pour se repositionner. Affaiblie par sa défaite à la présidentielle et aux législatives anticipées, elle tente de se présenter comme un rempart institutionnel. Le groupe Takku Wallu, principal bloc d’opposition à l’Assemblée nationale, multiplie les interventions pour transformer ces tensions internes en un risque de paralysie des institutions.

Cette approche n’est pas anodine. En évoquant une « crise institutionnelle », Abdou Mbow fait basculer le débat du terrain partisan vers celui de la stabilité de l’État. Une manœuvre qui interroge la clarté des décisions publiques, alors que des chantiers majeurs, comme la renégociation des contrats miniers et pétroliers, le redressement des finances publiques ou encore la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050, exigent une coordination sans faille entre présidence et primature.

Des arbitrages économiques menacés par les divergences

Le contexte économique accentue la sensibilité de toute fissure au sommet. Les audits menés par le nouveau pouvoir ont révélé un endettement public supérieur aux estimations initiales, plaçant Dakar dans des négociations tendues avec le Fonds monétaire international. La gestion de cette dette, couplée à la révision du cadre fiscal des hydrocarbures, nécessite une vision unifiée et cohérente.

Pourtant, plusieurs décisions récentes ont mis en lumière des divergences entre l’entourage présidentiel et celui du Premier ministre. Le discours parfois percutant d’Ousmane Sonko envers certains acteurs économiques, médiatiques ou judiciaires tranche avec la posture plus mesurée adoptée par Bassirou Diomaye Faye. Les observateurs soulignent que cette répartition informelle des rôles, autrefois perçue comme complémentaire, devient aujourd’hui un enjeu politique exploité par l’opposition.

À ce stade, ni la présidence ni la primature n’ont reconnu publiquement l’existence d’un différend ouvert. Le pouvoir sénégalais maintient une unité de façade lors des conseils des ministres et des grandes manifestations publiques. Les propos d’Abdou Mbow s’inscrivent ainsi dans une bataille de perception, où l’APR cherche à ancrer dans l’opinion l’idée d’un exécutif fragilisé, tandis que Pastef défend une collaboration assumée entre deux figures complémentaires.

L’enjeu pour Dakar dépasse largement le cadre politique : la capacité du binôme exécutif à lever les ambiguïtés conditionnera la confiance des partenaires économiques et des institutions financières. À un moment où le Sénégal négocie son nouveau cadre de financement et structure ses revenus issus des gisements GTA et Sangomar, la crédibilité de la gouvernance est plus que jamais sous les projecteurs.