17 septembre 2026

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Souveraineté alimentaire au Burkina Faso : quand la production locale creuse la pauvreté des agriculteurs

Le mirage de la souveraineté alimentaire à Tougan

Dans le district de Tougan, l’écart entre les discours officiels et la réalité vécue par les agriculteurs est flagrant. Derrière les annonces triomphales sur la souveraineté alimentaire et l’industrialisation du pays, des producteurs se battent pour écouler leurs récoltes à perte, s’enfoncent dans le cycle infernal des crédits et envisagent, pour certains, l’exil comme seule issue. « Quand les prix sont plafonnés, même une bonne récolte de maïs se transforme en fardeau », confie un cultivateur local. Une autre voix du terroir complète cette analyse désabusée : « Que les pluies soient clémentes ou que la sécheresse frappe, le résultat pour les paysans reste le même : la survie est une lutte quotidienne. »

Les promesses industrielles face au quotidien des champs

Depuis son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré martèle le credo de l’autosuffisance économique, mettant en exergue la résilience du Burkina Faso à produire localement, y compris des équipements stratégiques. Les usines inaugurées, notamment celles dédiées aux besoins de l’armée, sont présentées comme des symboles tangibles de cette souveraineté retrouvée. Pourtant, cette narrative occulte une vérité plus crue : une économie robuste ne se réduit pas à ses infrastructures ou à ses arsenaux.

Quand l’abondance se retourne contre ceux qui la créent

À Tougan, l’équation est implacable. Une année de moisson généreuse devrait logiquement rimer avec prospérité. Or, la réalité est tout autre : des prix d’achat artificiellement bas, des filières de distribution désorganisées et des coûts de production qui grèvent toute marge bénéficiaire transforment cette abondance en malédiction. Les agriculteurs, contraints de vendre en dessous de leurs coûts, se retrouvent dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts contractés au début de la saison. Certains, acculés par la dette, n’ont d’autre choix que de fuir vers des pays voisins, asphyxiés par des modèles agricoles qui oublient ceux qui en sont le fondement.

L’investissement agricole : un pari risqué et peu attractif

Investir dans l’agriculture burkinabè apparaît aujourd’hui comme une entreprise à haut risque. Les données du terrain sont sans appel : un producteur peut voir ses efforts anéantis par une chute des prix post-récolte, tandis qu’une sécheresse dévaste les champs et plonge les ménages dans le chaos financier. Dans ces conditions, comment envisager un avenir serein pour les générations futures de paysans ? Le système actuel ne récompense pas l’effort ; il le pénalise, poussant les entrepreneurs agricoles à envisager des activités moins porteuses mais plus stables.

Au-delà des usines : la souveraineté passe par ceux qui nourrissent la nation

La souveraineté d’un État ne se mesure pas uniquement à l’aune de ses capacités industrielles ou de sa puissance militaire. Elle se juge aussi — et surtout — à sa capacité à garantir des revenus décents à ceux qui, chaque jour, alimentent le pays. Pourtant, à Tougan et dans d’autres régions du Burkina Faso, les politiques publiques semblent ignorer ce lien vital entre production nationale et bien-être des producteurs.

Les annonces triomphales sur les unités industrielles et les équipements militaires ne doivent pas éclipser une question essentielle : comment un pays peut-il prétendre à l’autonomie si ceux qui en sont les premiers maillons — les agriculteurs — sont systématiquement sacrifiés sur l’autel de l’économie ?

La survie des producteurs : dernier maillon d’un système à bout de souffle

Le récit national actuel, focalisé sur les réalisations matérielles, laisse peu de place à l’urgence sociale qui gronde dans les campagnes. Les familles rurales, endettées et désillusionnées, ne bénéficient d’aucun filet de sécurité tangible. Combien de temps encore pourront-elles continuer à travailler sans en tirer le moindre revenu viable ? À Tougan, la question n’est plus de savoir combien d’usines le Burkina Faso peut construire. Elle est de savoir combien de temps les agriculteurs accepteront de jouer les figurants dans une économie qui les ignore.

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit, chaque jour, avec ceux qui, les pieds dans la terre et les mains dans la poussière, alimentent les marchés et remplissent les greniers. Au Burkina Faso, le moment est venu de recentrer le débat : les usines peuvent attendre, mais les agriculteurs, eux, n’ont plus le temps.