3 août 2026

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Togo : une stratégie militaire risquée face aux menaces jihadistes

Togo : quand la lutte antiterroriste ouvre la porte à Moscou et Ankara

Dans un contexte où les groupes armés du Sahel étendent leur emprise, le Togo se positionne comme un acteur clé de la lutte antiterroriste. Depuis plusieurs années, les autorités de Lomé ont discrètement engagé une refonte de leur dispositif militaire, cherchant des alliés capables de compenser les faiblesses structurelles de leurs forces nationales.

Les jihadistes, actifs dans les pays voisins comme le Burkina Faso ou le Niger, représentent une menace croissante pour la stabilité du pays. Pour y faire face, le gouvernement togolais a exploré des partenariats avec des acteurs internationaux, notamment la Turquie et la Russie. Ces collaborations, bien que controversées, ont permis à Lomé de bénéficier d’un soutien aérien et de formations militaires adaptées.

La Turquie, un partenaire inattendu pour le renforcement aérien

Dès les premières années de cette décennie, les autorités togolaises ont entamé des discussions avec Ankara pour moderniser leur aviation militaire. Le pays a obtenu des drones et des équipements de surveillance, essentiels pour surveiller les zones frontalières menacées. Ces acquisitions ont été présentées comme une réponse aux besoins urgents en renseignement et en capacité de frappe.

Les livraisons d’équipements, bien que modestes, ont marqué un tournant dans la coopération militaire TogoTurquie. Les drones turcs, déjà déployés dans d’autres pays africains, offrent une couverture étendue aux forces togolaises, leur permettant de suivre les mouvements des groupes armés à distance.

L’Africa Corps russe : une présence discrète mais stratégique

Depuis 2025, une autre puissance a fait son apparition dans le paysage sécuritaire togolais : la Russie, via son Africa Corps. Contrairement à d’autres pays africains où Moscou déploie des mercenaires, Lomé a privilégié une collaboration plus formelle, axée sur la formation des troupes locales et l’échange d’expertise.

Les conseillers russes, souvent cités pour leur expérience en guerre asymétrique, ont intégré des unités spécialisées du Togo. Leur mission ? Renforcer les capacités tactiques des soldats togolais et améliorer leur résistance face aux attaques surprises. Cette coopération, bien que officiellement présentée comme « non combattante », suscite des interrogations sur ses implications à long terme.

Les défis d’une stratégie militaire en mutation

Si ces alliances offrent des avantages immédiats, elles comportent aussi des risques. La dépendance à des acteurs extérieurs pourrait, à terme, limiter la souveraineté stratégique du Togo. De plus, la présence de formateurs russes ou turcs dans un pays membre de la CEDEAO soulève des questions sur l’alignement du pays dans un contexte géopolitique tendu.

Les autorités togolaises, sous la direction du président Faure Gnassingbé, ont jusqu’ici évité de rendre public l’ampleur de ces collaborations. Pourtant, les indices ne manquent pas : bases aériennes réaménagées, exercices conjoints, et déploiement de matériel neuf. Une discrétion qui s’explique en partie par la volonté de ne pas froisser les partenaires régionaux, notamment ceux qui s’opposent à l’influence russe ou turque en Afrique de l’Ouest.

Une région sous haute tension

Le Togo, bien que moins exposé que le Burkina Faso ou le Mali, n’est pas à l’abri des retombées de l’instabilité sahélienne. Les attaques récurrentes près de ses frontières, notamment dans la région des Savanes, ont poussé les autorités à anticiper. La base militaire de Dihiaga, située dans cette zone, est devenue un symbole de cette nouvelle donne sécuritaire.

Avec ces partenariats militaires, Lomé cherche à combler le vide laissé par le retrait des forces françaises et européennes. Une stratégie risquée, mais qui pourrait s’avérer nécessaire dans un environnement où les menaces évoluent plus vite que les réponses locales.