Après quinze mois de tensions soutenues, le dossier des relations entre le Mali et l’Algérie connaît un tournant diplomatique significatif. Les signaux d’un dégel diplomatique se multiplient entre ces deux nations sahéliennes, marquant la fin d’une période de rupture assumée entre Bamako et Alger. Cette crise avait éclaté suite à la décision des autorités maliennes de dénoncer l’accord d’Alger pour la paix et la réconciliation, entraînant le rappel des ambassadeurs et une escalade verbale sans précédent entre des États pourtant unis par une coopération sécuritaire historique.
Les racines profondes de la brouille diplomatique
La détérioration des liens entre le Mali et l’Algérie s’est nourrie de griefs réciproques. Bamako reprochait notamment à Alger une certaine complaisance envers des figures de la rébellion touarègue, ainsi qu’une approche jugée obsolète de la question du nord malien. Les autorités de transition, installées au pouvoir après les coups d’État de 2020 et 2021, ont progressivement révisé le cadre issu de l’accord de 2015, signé sous l’égide de l’Algérie, le jugeant incompatible avec leur vision de reconquête territoriale.
La rupture s’est manifestée par des échanges publics acerbes entre les chancelleries. Alger a fermement défendu son rôle de médiateur historique dans la région, tandis que Bamako a farouchement revendiqué sa pleine souveraineté sur la gestion de ses affaires intérieures. Le rappel simultané des ambassadeurs a officialisé cette brouille, gelant une coopération transfrontalière vitale sur une frontière commune de près de 1 400 kilomètres.
Impératifs économiques et sécuritaires du rapprochement
Le dégel diplomatique qui s’opère aujourd’hui découle de considérations éminemment pragmatiques. Sur le plan sécuritaire, la progression alarmante des groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne rend toute absence de coordination entre les deux voisins intenable. La porosité et l’instabilité du nord malien génèrent des menaces qui atteignent directement les frontières algériennes. Alger, résolument engagée dans la sécurisation de son flanc sud, ne peut se permettre de maintenir des relations tendues avec son voisin.
Le volet économique joue également un rôle prépondérant. L’Algérie représente un partenaire commercial essentiel pour le nord du Mali, notamment pour l’approvisionnement en hydrocarbures et en biens de consommation. La fermeture des canaux officiels a non seulement favorisé le commerce informel, mais a aussi fragilisé les populations frontalières. Des projets structurants, tels que la route transsaharienne et les échanges d’électricité, demeurent des leviers de rapprochement envisagés depuis plusieurs années.
Pour le Mali, l’isolement diplomatique résultant de son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la formation de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger a profondément modifié son paysage géopolitique. Bamako a besoin de partenaires régionaux fiables pour asseoir son nouveau positionnement. L’Algérie, malgré les frictions passées, demeure une puissance incontournable dans la région nord-africaine.
Un dégel sous le regard de la communauté régionale
La normalisation progressive entre les deux capitales est suivie avec une attention particulière par les acteurs régionaux et internationaux. La Russie, dont l’influence militaire au Mali s’est accrue avec le déploiement d’instructeurs après le départ de la force française Barkhane, observe attentivement l’évolution de cet axe Bamako-Alger. Les partenaires occidentaux, en retrait depuis la rupture avec Paris, y voient un signe potentiel du retour du Mali vers un cadre diplomatique plus conventionnel.
Toutefois, la substance concrète de ce dégel reste à définir. Aucune annonce officielle concernant le retour des ambassadeurs n’a été faite, et les points de désaccord persistants sur la lecture de la crise du nord malien demeurent. La question des figures de l’ex-Coordination des mouvements de l’Azawad réfugiées en Algérie continue de susciter des tensions, Bamako exigeant leur non-instrumentalisation politique.
Concrètement, les premières mesures attendues devraient se concentrer sur la réactivation des canaux techniques : renforcement de la sécurité frontalière, facilitation des échanges consulaires et intensification de la coopération douanière. Un rétablissement complet des relations exigerait, quant à lui, un accord politique sur le cadre post-accord d’Alger, un défi diplomatique complexe au vu de la posture souverainiste des autorités de transition maliennes. Le calendrier reste ouvert, mais l’inflexion observée ces dernières semaines rompt clairement avec la logique d’escalade des mois précédents.

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