25 juin 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

200 millions de dollars de la banque mondiale au Togo : un pari risqué sur le rail

Le gouvernement togolais peut se frotter les mains : la Banque mondiale vient de débloquer une enveloppe de 200 millions de dollars pour moderniser les infrastructures de transport et relancer le réseau ferroviaire. Les déclarations officielles parlent d’un Togo qui deviendrait un « hub logistique incontournable » pour le Sahel. Mais derrière ce langage technocratique et les poignées de main protocolaires, une question gênante émerge : comment une institution aussi réputée peut-elle confier un tel montant à un régime dont la gestion économique reste marquée par l’opacité ?

En injectant des centaines de millions dans un État qui peine à prouver sa rigueur budgétaire, la Banque mondiale prend le risque de financer une énième illusion logistique.

Le mirage du rail et la réalité de la gabegie

Au cœur du projet : la réhabilitation de la ligne ferroviaire reliant le Port autonome de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). Sur le papier, transférer le fret de la route vers le rail pour désengorger la capitale semble séduisant. Dans la réalité togolaise, le secteur ferroviaire ressemble à un cimetière d’infrastructures abandonnées, miné par des décennies de manque d’entretien et de choix politiques à courte vue.

Confier la gestion de travaux aussi complexes à l’administration togolaise relève d’un pari aveugle. Le pays est régulièrement critiqué pour la lenteur de ses réformes et l’inefficacité de ses investissements publics. Donner 200 millions de dollars pour des rails sans vérifier que l’administration dispose des compétences, de la transparence et de la rigueur nécessaires, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Au mieux, c’est de l’amateurisme ; au pire, une prime à la mauvaise gouvernance.

Hub logistique ou passoire financière ?

Le Togo aime se rêver en porte d’entrée de l’hinterland sahélien. Mais la réalité du corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey est tout autre : lourdeurs administratives, tracasseries douanières et, surtout, un niveau de corruption systémique qui rebute les opérateurs économiques. Le Port de Lomé, malgré ses performances techniques, reste au cœur de scandales de corruption et de passe-droits qui montrent à quel point les circuits financiers y sont poreux.

Injecter de l’argent frais dans les infrastructures sans assainir l’environnement des affaires ne résoudra rien. Tant que le népotisme et l’absence d’alternance politique figeront les institutions, les millions des bailleurs de fonds serviront d’abord à alimenter les réseaux de clientèle du pouvoir avant de bénéficier à l’économie réelle. En refusant de conditionner ses subventions à une lutte implacable contre les détournements, la communauté internationale se rend complice du surplace économique du pays.

L’aveuglement coupable des institutions internationales

Cette générosité soudaine de la Banque mondiale interroge sur ses propres critères d’évaluation. Comment justifier un tel chèque en blanc alors que le pays fait face à des urgences sociales criardes : santé, éducation, accès à l’eau, totalement délaissées par le budget national ? Le régime de Faure Gnassingbé excelle dans l’art des projets « vitrines » pour séduire les partenaires au développement, tout en maintenant le pays dans une fragilité structurelle interne.

Ce programme de 200 millions ne fera qu’alourdir la dette morale et financière du pays, sans garantie de retour sur investissement pour la population. Si le Togo veut être pris au sérieux sur la scène internationale, il doit d’abord prouver qu’il sait gérer ses ressources avec transparence. En attendant, ce financement ressemble fort à un chèque en blanc signé à un régime qui a fait de la captation des ressources une méthode de gouvernement.