Depuis la signature de sa charte constitutive, l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, peine à traduire ses ambitions en actions concrètes sur le terrain. Principalement axée sur la défense mutuelle, l’alliance peine à démontrer une capacité opérationnelle face aux défis sécuritaires croissants, notamment dans le Niger, où les attaques terroristes s’intensifient.
Des armées nationales sous pression
La saturation des forces armées locales constitue le premier frein à une intervention coordonnée de l’AES. Chaque pays membre doit en effet gérer des menaces sécuritaires majeures sur son propre territoire :
- Au Mali, les forces armées et leurs alliés concentrent leurs efforts sur le Nord et le Centre pour contrer les groupes armés affiliés à Al-Qaïda.
- Au Burkina Faso, plus de la moitié du pays reste sous la menace permanente d’attaques terroristes répétées.
- Au Niger, les militaires doivent sécuriser à la fois la zone des trois frontières (Liptako-Gourma), ciblée par le GSIM et l’EIGS, et surveiller le lac Tchad.
Dans ces conditions, aucun des trois États ne peut dégager des troupes supplémentaires sans compromettre la protection de ses propres zones critiques.
La force conjointe de l’AES : des défis logistiques persistants
Si la volonté politique d’unir les forces existe, sa mise en œuvre se heurte à des contraintes matérielles et organisationnelles :
- Interopérabilité et commandement : Assurer une coordination efficace entre des doctrines militaires distinctes et instaurer une chaîne de commandement unifiée demande du temps et des infrastructures de communication sécurisées.
- Moyens aériens et renseignement : Projeter des troupes sur de longues distances au Sahel exige des capacités de transport blindé, de ravitaillement et de surveillance aérienne (drones, avions de combat), encore limitées et fortement sollicitées localement.
Un recentrage stratégique sur le renseignement
Plutôt que de privilégier des déploiements massifs, les autorités de l’AES misent sur une coopération en matière de renseignement et des opérations ciblées aux frontières. Pour les états-majors, l’intervention ne se limite pas à un grand rassemblement de troupes, mais s’articule autour d’actions coordonnées dans la zone des trois frontières, chaque armée intervenant depuis son propre territoire.
Ce choix reflète une adaptation aux réalités du terrain, où la priorité est donnée à la protection des populations plutôt qu’à des démonstrations de force symboliques.

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