1 septembre 2026

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Commande publique au Togo : quand les retards de paiement étouffent les PME et les banques

Derrière les grilles de chantiers togolais à l’arrêt se cache une réalité préoccupante : les banques resserrent les cordons de leur bourse, laissant les entrepreneurs locaux face à un mur infranchissable. Les petites et moyennes entreprises (PME) engagées dans des marchés publics dénoncent une sélection économique accrue, où l’accès au crédit devient aussi rare qu’un oasis en plein désert.

Le cercle vicieux des créances impayées

Pour honorer leurs contrats avec l’État, les entreprises togolaises sollicitent massivement des prêts bancaires. Pourtant, lorsque les décomptes publics accusent des retards de paiement – parfois de plusieurs mois –, la mécanique financière se grippe. Les entreprises, incapables de rembourser leurs échéances, voient leurs créances basculer dans la catégorie des dettes douteuses, transformant les bilans bancaires en passifs encombrants.

L’effet domino sur le système financier

Comme l’explique l’économiste Dr Saharou Landozi, cette situation pèse lourdement sur la santé des institutions financières :

« Lorsqu’un marché public n’est pas réglé à temps, le crédit associé se dégrade rapidement. Sous la pression des règles prudentielles de la BCEAO, les banques doivent alors bloquer des fonds propres pour couvrir ces créances en souffrance. Résultat ? Une réduction drastique de leur liquidité, qui les empêche d’octroyer de nouveaux financements aux acteurs économiques. »

Le secteur bancaire togolais n’est pas épargné : en 2025, les pertes nettes enregistrées au sein de l’UMOA reflètent l’ampleur du problème, avec des provisions massives pour couvrir les impayés liés aux projets publics.

Les entrepreneurs pris en étau

Sur le terrain, les témoignages des dirigeants de PME sont sans appel. Entre l’obligation de respecter les délais contractuels et l’impossibilité d’obtenir des avances bancaires, leur marge de manœuvre se réduit comme peau de chagrin :

  • « L’État exige des avancées rapides, mais les banques gèlent nos lignes de crédit dès qu’un retard apparaît. Nous devons combler nous-mêmes les trous de trésorerie, au prix de notre capital de roulement. »
  • « Les garanties demandées sont désormais inatteignables pour des préfinancements de marchés publics. Sans filet de sécurité, les PME locales sont systématiquement évincées au profit des grands groupes. »

Vers un modèle de responsabilité partagée

Face à cette impasse, des solutions émergent pour briser le cycle infernal. Le Dr Landozi et d’autres experts plaident pour une réforme structurelle de la commande publique, axée sur un partage équilibré des risques :

  • Créer un fonds de garantie dédié : Un mécanisme de sécurisation des engagements bancaires pour limiter les provisions sur créances douteuses.
  • Instaurer des comptes séquestres : Une traçabilité renforcée des fonds publics, directement affectés au remboursement des prêts en cas de retard.
  • Titriser les arriérés : Transformer les créances impayées en titres négociables pour assainir les bilans des banques et relancer l’octroi de crédits.

Selon le spécialiste, ces mesures permettraient aux banques de concilier rentabilité et soutien à l’économie : « Le secteur financier doit retrouver sa fonction première : financer le développement national sans mettre en péril sa stabilité. »

Un enjeu de survie pour l’économie togolaise

Au-delà des chiffres, c’est toute la dynamique entrepreneuriale qui est menacée. Sans solution rapide, le Togo risque de voir s’éteindre progressivement le tissu des PME, pilier essentiel de sa croissance. La balle est désormais dans le camp des décideurs publics et privés, pour éviter que la commande publique ne devienne le tombeau des ambitions économiques locales.