Depuis plus de deux siècles, une alliance exceptionnelle lie Washington à Rabat. Qualifiée de « relation spéciale » par les observateurs, cette coopération bilatérale se distingue par son ancienneté et sa complexité, oscillant entre fondations historiques et pragmatisme géopolitique.
Tout commence en 1786, lorsque le Maroc devient le premier pays à reconnaître officiellement l’indépendance des États-Unis. Le traité de paix et d’amitié signé cette année-là, toujours en vigueur aujourd’hui, scelle une alliance qui a traversé les époques. À l’origine, ce rapprochement répondait à des impératifs commerciaux : protéger les navires américains des pirates en Méditerranée. Pourtant, au fil des décennies, cette relation a évolué pour devenir bien plus qu’un simple accord diplomatique.
L’impact décisif de la Seconde Guerre mondiale
C’est lors du conflit mondial que cette alliance a pris une dimension stratégique. En 1942, l’opération « Torch » voit débarquer 35 000 soldats américains sur les côtes marocaines, marquant un tournant majeur. La conférence de Casablanca, organisée en 1943, renforce ce lien : le président américain Franklin D. Roosevelt aurait alors promis au Sultan Mohammed V son soutien pour la restauration de la souveraineté marocaine. Une promesse qui a profondément marqué les esprits au Maroc, bien que suscitant des tensions avec la France.
Guerre froide : entre bases militaires et souveraineté
L’indépendance du Maroc en 1956 impose une refonte des relations. Les États-Unis y voient une position clé pour contrer l’URSS et installent des bases aériennes stratégiques. Pourtant, le Roi Mohammed V exige le départ des troupes étrangères, créant une tension palpable. En 1963, les forces américaines quittent définitivement le territoire marocain, malgré les craintes américaines d’un virage vers le non-alignement.
Stabilité et manœuvres politiques au cœur des enjeux
La stabilité du régime marocain est une priorité constante pour Washington. Les tentatives de coup d’État contre le Roi Hassan II en 1971 et 1972 suscitent des inquiétudes majeures. Malgré des soupçons passagers d’implication américaine, Rabat maintient sa position modérée, consolidant ainsi une alliance durable. Le Maroc exploite habilement ses besoins sécuritaires pour obtenir un soutien américain accru, que ce soit pour le contrôle du Sahara occidental ou via des projets de développement comme le « Peace Corps ».
Un avenir à redéfinir dans un contexte régional instable
Aujourd’hui, la relation entre les deux pays doit s’adapter aux mutations du Maghreb et du Sahel. Les bouleversements du « printemps arabe » ont introduit de nouvelles dynamiques, obligeant Washington à concilier préservation d’une alliance historique et adaptation aux aspirations locales. L’équilibre entre stratégie militaire, influence politique et respect des souverainetés locales devient plus que jamais un exercice délicat.

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