Une polémique secoue actuellement la scène politique sénégalaise, attisée par une lettre de Juan Branco, avocat et essayiste français, adressée à Ousmane Sonko, alors Premier Ministre. Ce courrier, qui aurait fuité sur les réseaux sociaux, révèle une relation d’amitié teintée de demandes jugées illégitimes.
Dans cette lettre, Juan Branco sollicite l’intervention de son ami Sonko sur plusieurs dossiers sensibles. Il évoque d’abord une commission rogatoire émise par un juge espagnol concernant son enlèvement en Mauritanie. Branco demande à Sonko de faire pression sur les autorités judiciaires sénégalaises pour faciliter la collaboration, tout en suggérant une ingérence française dans le dossier, ce qui remet en question la souveraineté du Sénégal.
Ensuite, l’avocat réclame l’accès à des documents des services de renseignements sénégalais le concernant, datant de l’ancien régime de Macky Sall. Il se dit victime d’un « contre-narratif » en France et mentionne une tentative de piège (kompromat) en octobre 2023 impliquant un agent sénégalais. Cette demande constitue une potentielle atteinte au secret de la défense nationale et une violation du secret professionnel, selon le code pénal sénégalais.
Sur le plan judiciaire, Juan Branco implore l’action directe de Sonko dans la procédure pénale française concernant les crimes contre l’humanité impliquant l’ancien président Sall. Il sollicite un financement, ce qui expose les deux hommes à des accusations de détournement de deniers publics et d’abus de pouvoir. En contournant les voies légales, cette démarche fragilise la crédibilité des procédures internationales.
La question de la nationalité et des fonctions est également abordée. Branco rappelle son souhait de représenter le Sénégal à l’ONU, puis, ayant appris qu’un autre diplomate a été choisi, demande à obtenir la nationalité sénégalaise par décret présidentiel. Cette naturalisation lui permettrait de s’inscrire au barreau et d’enseigner à l’UCAD. Ces demandes apparaissent comme un contournement des règles républicaines et un conflit d’intérêts potentiel, d’autant que Branco se pose en créancier moral après ses sacrifices personnels.
Enfin, sur le plan financier, Juan Branco détaille les sommes perçues : 15 000 euros d’honoraires entre 2023 et 2025, incluant des défraiements via son confrère Bamba Cissé. Il affirme que ces montants sont insuffisants pour couvrir ses frais et sacrifices. Cette gestion opaque, sans contrat public avec l’État sénégalais, pourrait relever du détournement de fonds si l’origine était publique. La lettre transforme ainsi leur alliance idéologique en une relation transactionnelle.

Plus d'histoires
Le Gabon mise sur l’exploitation minière pour relancer son économie
Le Niger de tiani, entre discours souverainiste et réalités cruelles
Le Sénégal doit choisir entre trêve politique et urgence économique