6 août 2026

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Le Sénégal doit choisir entre trêve politique et urgence économique

Un pays à la croisée des chemins

Depuis l’avènement du nouveau régime, l’espoir d’une relance économique s’est progressivement mué en frustration. Près de trois années après les turbulences politiques ayant marqué l’élection présidentielle d’avril 2024, les Sénégalais attendent toujours des résultats tangibles. L’Agenda Sénégal 2050 lancé en octobre 2024, puis le Plan de redressement économique et social (PRES) présenté le 2 août 2025, avaient suscité un vent d’optimisme. Pourtant, force est de constater que l’économie sénégalaise peine à décoller.

Plutôt que de se concentrer sur les enjeux de développement, le débat public s’enlise dans des querelles partisanes de plus en plus vives. Les préparatifs pour les élections de 2029 occupent déjà les esprits, au détriment des urgences économiques. La polarisation politique s’accentue, tandis que les grands projets structurants promis par le président Bassirou Diomaye Faye tardent à voir le jour. La récente réforme à la Primature n’a pas, pour l’heure, accéléré la mise en œuvre des politiques publiques, comme si le simple changement de thermomètre ne suffisait pas à faire baisser la fièvre.

L’économie sénégalaise en perte de vitesse

Les dernières données de la BCEAO, publiées en juin 2026 dans le rapport sur la politique monétaire, dressent un tableau préoccupant. Le Sénégal figure désormais parmi les économies les moins dynamiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Avec une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026, le pays se classe derrière des partenaires comme la Guinée-Bissau (5,5 %), le Burkina Faso (5,6 %), le Togo (5,8 %), le Mali (6,1 %), le Niger (6,1 %), le Bénin (6,4 %) et la Côte d’Ivoire (6,4 %).

Cette baisse de 3,1 points par rapport à la moyenne de 2025 marque le recul le plus marqué de l’UEMOA. À cela s’ajoute une chute vertigineuse des investissements directs étrangers (IDE), passés de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Ces chiffres reflètent une perte de confiance des investisseurs, notamment en raison des tensions politiques persistantes.

L’urgence d’une trêve politique pour relancer l’économie

Face à cette situation, une trêve politique apparaît indispensable. Alors que le Sénégal s’enlise dans ses divisions internes, ses voisins de l’UEMOA poursuivent leurs réformes et renforcent leurs performances économiques. Pour inverser la tendance, trois leviers doivent être actionnés sans délai.

Premièrement, restaurer la confiance des partenaires et des investisseurs. La conclusion d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI) constituerait une étape clé. Au-delà des ressources financières qu’il pourrait mobiliser, un tel accord enverrait un signal fort aux marchés, aux agences de notation et aux bailleurs de fonds sur la crédibilité de la trajectoire économique du pays. Le Sénégal doit également renforcer son image à l’international en mettant en avant ses atouts économiques et en promouvant ses opportunités d’investissement.

Deuxièmement, faire du secteur privé le moteur de la croissance. Pour y parvenir, il est essentiel de faciliter l’accès au financement, de simplifier les procédures administratives, d’améliorer l’environnement des affaires et de renforcer les partenariats public-privé. Les secteurs prioritaires incluent les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique, les transports et la logistique.

Enfin, rationaliser les ressources publiques. La promesse de réduire le train de vie de l’État, intégrée au PRES, tarde à se concrétiser. La fusion des agences et structures d’accompagnement annoncée doit être accélérée pour libérer des marges de manœuvre budgétaires. Chaque jour perdu aggrave la situation économique du pays.

Les trois prochaines années jusqu’à l’élection présidentielle de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. L’objectif affiché de bâtir « une nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes » ne sera atteint que si l’urgence économique prime sur les calculs politiques.

Par Dr Abdou Diaw, CEO & Fondateur du magazine économique et financier Le Marché