9 septembre 2026

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Au Togo, le symbole d’une carte ne remplace pas des salles de classe sûres

Une représentation cartographique méticuleuse ne saurait suppléer des infrastructures éducatives solides. En mettant en avant l’adoption d’une carte respectant les proportions réelles du continent, les autorités togolaises ont réalisé une manœuvre de communication remarquable. Si le geste symbolique peut paraître fort et le discours panafricain attrayant, la réalité sur le terrain demeure implacable : le plus grand établissement secondaire public du Togo se dégrade, sans susciter de réaction notable.

La valeur d’une nation ne se juge pas uniquement à sa représentation géographique. Elle s’apprécie également à l’aune de l’état de ses écoles, de la qualité de ses infrastructures pédagogiques, de la protection de ses élèves et des conditions d’exercice de ses enseignants. C’est ici que le contraste devient délicat pour le gouvernement : il est possible d’ajuster les dimensions d’un continent sur un planisphère rapidement, mais la remise en état d’un établissement scolaire exige des choix, des financements et, surtout, une détermination politique.

Un quotidien scolaire précaire face aux discours

Sur le terrain, l’ambition panafricaine se confronte à la réalité d’une jeunesse laissée pour compte. Chaque matin, des milliers d’élèves se retrouvent entassés dans des locaux vétustes, dépourvus d’équipements adéquats, sous des toitures qui menacent de céder à la moindre intempérie. Dans ces établissements, la difficulté est concrète. Elle affecte directement la sécurité des enfants, l’efficacité de leur apprentissage et, par conséquent, leurs perspectives d’avenir.

C’est précisément dans les salles de classe que devrait se manifester le véritable panafricanisme. Une jeunesse africaine ne recouvrera pas sa dignité simplement parce que le continent est représenté plus grand sur une carte. Elle la retrouvera lorsque ses enfants pourront étudier dans des environnements sécurisés, avec des manuels, des laboratoires, des bibliothèques, des outils numériques et des enseignants soutenus.

La question des priorités nationales

Cette opposition soulève une interrogation majeure sur les priorités de l’État : comment prétendre restaurer la fierté nationale sur la scène internationale lorsque les enfants sont privés des conditions fondamentales pour apprendre ? Quelle est l’utilité d’une communication panafricaine ambitieuse si, en parallèle, les bâtiments destinés à former la prochaine génération à cette ambition se détériorent ?

Le volet politique ne peut être occulté par un simple geste cartographique. Une école en ruine n’est pas qu’un édifice mal entretenu. Elle incarne le résultat d’une série de décisions budgétaires, de choix administratifs et d’orientations publiques. Lorsqu’un établissement accueillant des milliers d’élèves se dégrade au point de devenir préoccupant, la question n’est plus uniquement de savoir qui doit effectuer les réparations, mais pourquoi la maintenance et la rénovation n’ont pas été planifiées en amont.

L’éducation devrait constituer un investissement prioritaire pour tout État aspirant à préparer l’avenir. Chaque année passée dans des infrastructures inadéquates représente potentiellement des milliers d’heures d’enseignement perdues, une motivation en déclin et des disparités qui s’accentuent. Les enfants issus de milieux défavorisés sont les premiers affectés par cette situation, ayant rarement accès à des alternatives lorsque le service public se dégrade.

Un contrat social envers la jeunesse

Cette problématique dépasse donc largement les murs fissurés, les toits vieillissants ou les salles sous-équipées. Elle remet en cause le pacte entre l’État et sa jeunesse. Quel message un gouvernement adresse-t-il à ses enfants lorsqu’il les encourage à croire en l’avenir tout en leur offrant des conditions d’étude révolues ?

Une politique publique sérieuse devrait être évaluée sur sa capacité à générer des résultats tangibles dans le quotidien des citoyens. Les inaugurations, les documents cartographiques, les discours et les déclarations peuvent alimenter le récit politique. Cependant, l’électeur, le parent et surtout l’élève finissent toujours par observer ce qui les entoure : une salle de cours, une toiture, un tableau, une chaise, un manuel, un enseignant et des conditions de sécurité acceptables.

Il ne s’agit pas, bien évidemment, d’opposer la reconnaissance de la superficie réelle de l’Afrique à la construction d’écoles. Il convient de rappeler une évidence : les symboles ne doivent jamais se substituer aux politiques publiques. Un État peut tout à fait défendre une vision panafricaine ambitieuse tout en investissant massivement dans ses infrastructures scolaires. L’un ne devrait jamais servir à dissimuler l’absence de l’autre.

Restituer à l’Afrique sa juste dimension sur un planisphère ne requiert qu’un simple trait. Offrir à des milliers d’enfants une école digne de ce nom exige, en revanche, des ressources considérables, une planification rigoureuse, un suivi et une volonté politique soutenue. C’est précisément cet écart qui confère à cette situation toute sa signification.

La véritable grandeur d’un pays ne se lit pas uniquement sur une carte. Elle se constate dans les écoles qu’il érige, dans la protection qu’il offre aux enfants et dans les moyens qu’il accorde à sa jeunesse pour s’épanouir. En privilégiant l’éclat des symboles au détriment de l’éducation, le pouvoir ne corrige pas l’histoire : il compromet l’avenir. Une carte peut transformer notre perception de l’Afrique. Elle ne peut, à elle seule, bâtir une salle de classe, consolider un toit ou offrir à un enfant les opportunités de réussir.

Le véritable combat panafricain s’engage donc là où les projecteurs sont moins présents : dans les salles de classe, là où se façonne réellement l’Afrique de demain.