15 août 2026

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Burkina Faso : des journalistes sous les drapeaux, la presse face à un dilemme patriotique

Burkina Faso : 44 journalistes envoyés en formation militaire par la junte

Au cœur de l’actualité Burkina Faso, une initiative inédite a récemment marqué le paysage médiatique : quarante-quatre journalistes ont pris part, durant plusieurs jours, à une formation à vocation militaire axée sur le « patriotisme ». Cette démarche, qui soulève des interrogations, est perçue par des observateurs comme Reporters sans frontières (RSF) comme un signe préoccupant pour la liberté de la presse au Burkina Faso.

L’image est saisissante : des professionnels des médias burkinabè, vêtus d’uniformes militaires, fusil en main et au garde-à-vous. Pendant près d’une semaine, ces quarante-quatre représentants de la presse, issus des secteurs public et privé, ont suivi un entraînement intensif. Cette session s’est déroulée à l’Académie de police de Pabré, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Ouagadougou. Organisée par le ministère de la Sécurité, la formation a vu les journalistes s’adonner à des exercices physiques rigoureux, entonner des chants militaires et s’initier au maniement des armes. Des séquences diffusées par la télévision nationale ont montré le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, interpeller les participants sur leur engagement à être des « journalistes patriotiques et professionnels », question à laquelle ils ont répondu par un « Affirmatif » retentissant.

Une vision assumée pour le Burkina Éveil citoyen

Le gouvernement burkinabè défend pleinement cette démarche. Lassina Traoré, directeur général de l’Académie de police, a expliqué que l’objectif principal était d’offrir aux journalistes une immersion dans les « réalités opérationnelles et les valeurs » inhérentes aux forces de défense et de sécurité. Le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a même exprimé le souhait d’institutionnaliser cette formation, envisageant une session annuelle pour les médias et une possible extension à d’autres catégories socio-professionnelles. Pour les autorités, cette initiative s’inscrit dans une logique de renforcement du patriotisme et de l’éveil citoyen Burkina, essentiel face à l’insurrection jihadiste qui frappe le pays depuis plusieurs années.

La voix du journalisme indépendant Faso s’inquiète

Cette mesure n’a pas manqué de susciter l’inquiétude parmi les défenseurs du journalisme indépendant Faso. Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), a qualifié cette initiative de « nouveau signal très inquiétant pour la liberté de la presse ». RSF insiste sur le fait que les journalistes ne sont pas des combattants et ne sauraient être réduits à un rôle de « relais de l’effort de guerre ». L’organisation exhorte les autorités burkinabè à garantir l’indépendance des médias.

Une pression grandissante sur la presse burkinabè

Cette formation s’inscrit dans un climat de tension accrue pour les médias au Burkina Faso. Depuis l’accession au pouvoir de la junte menée par le capitaine Ibrahim Traoré en 2022, plusieurs organes de presse ont été suspendus et des voix critiques ont été réduites au silence. Des rapports d’organisations non gouvernementales font également état d’enrôlements forcés de journalistes et d’autres personnalités jugées critiques pour participer à la lutte contre les groupes jihadistes. La politique burkinabè actuelle, revendiquant une ligne souverainiste, se présente comme une « révolution progressiste populaire ».

Le défi de l’information en temps de guerre

Depuis 2015, le Burkina Faso est en proie à une insurrection menée par des groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, provoquant des milliers de décès et le déplacement de millions de personnes. C’est dans ce contexte que la junte justifie une mobilisation nationale renforcée. Cependant, l’instauration d’une formation militaire annuelle pour les journalistes soulève une question fondamentale : comment concilier la mobilisation patriotique nécessaire en temps de guerre avec le maintien de l’indépendance de ceux dont la mission première est d’informer ? Pour RSF, la distinction est claire : un journaliste doit préserver son rôle, même au cœur d’un conflit.