Burkina Faso : deux militants du Balai citoyen enlevés et toujours portés disparus
Deux figures majeures du mouvement citoyen enlevées en mars 2025
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), lance un appel urgent concernant la disparition forcée de deux militants burkinabè : Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé, tous deux membres actifs du mouvement Balai citoyen.
Créé en 2013, le Balai citoyen milite pour une société plus juste et un État de droit démocratique au Burkina Faso. Ces dernières années, ses membres subissent une répression croissante de la part des autorités militaires en place.
Chronologie des enlèvements
Amadou Sawadogo a été interpellé le 20 mars 2025 au service régional de la sûreté de l’État à Ouagadougou en raison de ses critiques publiques sur les réseaux sociaux. Il a été contraint de révéler les domiciles de deux autres militants, désormais en clandestinité. Le 21 mars, après une seconde convocation, il a disparu sans laisser de trace. Aucune explication n’a été fournie par les autorités militaires.
Quelques jours plus tard, le 30 mars 2025, Miphal Ousmane Lankoandé a été enlevé en plein jour devant son domicile dans le quartier Karpala à Ouagadougou. Il revenait tout juste de Cotonou, où il avait participé à une école de l’activisme organisée par la Fondation de l’innovation pour la démocratie. Des hommes armés se présentant comme des gendarmes l’ont arraché à sa famille. Malgré les démarches répétées de ses avocats, les autorités restent muettes sur son sort.
À ce jour, le 2 mai 2025, leurs familles et leurs proches n’ont reçu aucune information concernant leur localisation ou leur état de santé.
Un climat de répression généralisée
Cette situation s’inscrit dans un contexte de plus en plus tendu pour les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso. L’Observatoire rappelle que plusieurs autres membres du Balai citoyen ont déjà été victimes d’arrestations arbitraires, comme Me Guy Hervé Kam, cofondateur du mouvement, détenu à plusieurs reprises sans base légale. Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo ont quant à eux été enlevés et contraints de rejoindre les rangs de l’armée burkinabè, malgré une décision de justice les protégeant.
La situation des journalistes est tout aussi alarmante : Guezouma Sanogo, Boukary Ouoba et Luc Pagbeguem ont été enlevés le 24 mars 2025, tandis que Kalifara Sere, Serges Oulon et Bayala Adama ont disparu entre juin 2024 et mars 2025. Tous restent portés disparus à ce jour.
L’Observatoire souligne que ces pratiques s’appuient sur deux décrets signés en 2022 et 2023, permettant la réquisition forcée de toute personne âgée de plus de 18 ans. Ces mesures sont utilisées de manière discriminatoire pour museler les voix critiques et enrôler de force des militants et journalistes dans l’armée.
Appel à la mobilisation internationale
L’Observatoire condamne fermement l’enlèvement et la disparition forcée de Amadou Sawadogo et Miphal Ousmane Lankoandé, qualifiant ces actes de représailles contre leur engagement légitime en faveur des droits humains.
Les autorités militaires burkinabè sont appelées à :
- Garantir l’intégrité physique et psychologique des deux militants disparus et de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
- Révéler sans délai leur localisation et permettre leur libération immédiate et inconditionnelle ;
- Mettre fin aux enlèvements forcés, aux disparitions ciblées et aux réquisitions arbitraires ;
- Cesser tout harcèlement judiciaire contre les militants et journalistes ;
- Respecter strictement le droit à la liberté d’expression et d’association, conformément aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
Les autorités militaires et diplomatiques du Burkina Faso à contacter :
- Capitaine Ibrahim Traore, Président de la Transition : @CapitaineIb22 (Twitter) ;
- Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre : @J_E_Ouedraogo (Twitter) ;
- Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice : [email protected] ;
- Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères : [email protected] ; @JeanMarieTraore (Twitter) ;
- Commission nationale des droits humains : [email protected] ; @BurkinaCndhX (Twitter) ;
- Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso à Genève : [email protected] ;
- Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso à l’ONU : [email protected] ;
- Ambassade du Burkina Faso à l’Union africaine : [email protected].
L’Observatoire invite également à écrire aux représentations diplomatiques du Burkina Faso dans le monde entier pour exiger la libération des deux militants disparus.
Pour signaler toute action entreprise, merci de mentionner le code BFA 002 / 0525 / OBS 022.
Contact de l’Observatoire :
- Email : [email protected] ;
- Téléphone (FIDH) : +33 1 43 55 25 18 ;
- Téléphone (OMCT) : +41 22 809 49 39.
Contexte : une répression systématique au Burkina Faso
Selon un rapport de février 2025 intitulé « Espace civique et défenseur·es des droits humains au Sahel : convergence régionale des pratiques de répression », la répression au Burkina Faso s’est intensifiée depuis 2022, avec une augmentation des disparitions forcées, des arrestations arbitraires et des réquisitions militaires ciblant les opposants. Le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées s’est dit « préoccupé par les allégations récentes » et a estimé que certaines pratiques pourraient constituer des disparitions forcées au regard du droit international.

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