24 septembre 2026

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Burkina Faso : les dessous d’une guerre invisible contre les imams et la cohésion sociale

Quand la sécurité nationale devient l’alibi d’une chasse aux imams

Au Burkina Faso, l’urgence sécuritaire sert de paravent à une entreprise de contrôle sans précédent du clergé musulman. Sous couvert de lutte antiterroriste, des mesures draconiennes transforment radicalement l’espace religieux, longtemps considéré comme un rempart contre les divisions. Le régime de transition dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré mise sur une stratégie de répression systématique des voix issues de l’Islam, majoritaire dans le pays, pour étouffer toute velléité de contestation.

Des arrestations massives et des fermetures de mosquées sous couvert de sécurité

Depuis des mois, les imams modérés, les prédicateurs influents et les responsables d’associations musulmanes sont systématiquement visés. Entre arrestations arbitraires, détentions prolongées sans jugement et enrôlements forcés dans les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), leur seule faute réside souvent dans l’expression d’une critique envers la gestion de la crise ou la défense des droits fondamentaux.

Les lieux de culte et les institutions éducatives islamiques, surtout dans les zones sous tension, subissent un harcèlement administratif constant. Fermetures improvisées, perquisitions musclées et accusations de collusion avec les groupes armés se multiplient. En assimilant tout discours religieux non aligné à une forme de subversion, les autorités transforment un outil de paix sociale en un levier de contrôle politique.

Une manœuvre politique qui fragilise l’équilibre national

Derrière cette offensive se cache une volonté de neutraliser toute opposition structurée. En ciblant délibérément les réseaux musulmans, le pouvoir tente de museler une frange de la société longtemps porteuse de modération et de dialogue. Pourtant, cette stratégie pourrait se révéler contre-productive : en privant les fidèles de repères modérés et en stigmatisant une communauté déjà vulnérable, elle risque d’attiser les frustrations et de favoriser le recrutement par les groupes extrémistes.

La religion instrumentalisée au service d’un pouvoir en quête de légitimité

En présentant la répression des pratiques religieuses comme une nécessité pour la souveraineté nationale, Ibrahim Traoré joue avec le feu. L’érosion de la cohésion sociale, déjà mise à mal par des années de conflit, s’accélère. La communauté musulmane, historiquement unie et respectée, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une politique de division qui menace de fracturer durablement le Burkina Faso.

Les conséquences de cette approche sont déjà visibles : méfiance accrue entre communautés, radicalisation des positions et affaiblissement des mécanismes traditionnels de médiation. En faisant de la religion un sujet de suspicion, le régime fragilise davantage un pays déjà en proie à l’instabilité.

Un pari dangereux aux conséquences imprévisibles

Plutôt que de renforcer la sécurité, cette politique de répression religieuse pourrait alimenter un cercle vicieux. En privant les populations de figures spirituelles et sociales capables de canaliser les tensions, le pouvoir risque de transformer des zones sous contrôle en foyers de radicalisation. La stratégie sécuritaire actuelle, si elle se poursuit, menace de saper les fondements mêmes de la résistance contre les groupes armés, tout en creusant les divisions internes.

L’histoire récente du Sahel montre que la répression systématique des communautés entières n’engendre que des réactions de rejet. Au Burkina Faso, le risque est grand de voir cette offensive contre les imams se retourner contre ceux qui l’ont initiée, en nourrissant une hostilité durable envers le pouvoir en place.