Le Cameroun a récemment franchi une étape significative en réglant 98 % des montants dus à la France dans le cadre du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D). Cette avancée marque un tournant symbolique dans les relations financières entre Yaoundé et Paris. Si cette nouvelle a suscité de nombreuses discussions, il est essentiel de préciser que le Cameroun a honoré ses engagements envers ce mécanisme spécifique, et non la totalité de sa dette envers l’Hexagone.
L’information a rapidement circulé dans les sphères diplomatiques et économiques d’Afrique centrale : le Cameroun a achevé le remboursement des sommes rattachées au dispositif C2D, mis en place par la France.
Bien que cette annonce soit perçue comme un témoignage de la rigueur budgétaire de Yaoundé, elle est parfois sujette à des interprétations erronées. Pour saisir pleinement la portée de cet événement, il est impératif d’analyser la nature exacte de ces accords.
Comprendre le C2D : au-delà de la dette globale
Le C2D ne constitue pas une annulation de dette au sens traditionnel, mais plutôt un système de refinancement par reconversion.
Le principe est clair : le Cameroun effectue des remboursements réguliers de sa dette bilatérale à la France, par l’intermédiaire de l’Agence Française de Développement (AFD). Une fois ces paiements reçus, la France rétrocède une somme équivalente au Cameroun sous forme de subventions. Ces fonds sont alors impérativement alloués à des projets de développement locaux, couvrant des domaines comme les infrastructures, l’éducation, la santé et l’agriculture.
C’est précisément ce volet distinct du C2D qui vient d’être soldé. Yaoundé a ainsi rempli ses obligations liées à ce programme spécifique, ce qui lui confère une plus grande latitude dans la gestion de ses projets impliquant des capitaux français.
Dette globale du Cameroun : la France demeure un créancier majeur
Il serait inexact d’affirmer que « le Cameroun ne doit plus rien à la France ». En matière de géopolitique économique, cette nuance est fondamentale :
- Achèvement du C2D : Le Cameroun a finalisé les cycles de remboursement de cette dette « reconvertie » en initiatives de développement.
- Persistance de la dette bilatérale : La France reste l’un des principaux créanciers bilatéraux du Cameroun. Au-delà des ententes C2D, Yaoundé est toujours lié à Paris par d’autres prêts souverains, crédits commerciaux et financements de projets dont l’amortissement est en cours.
Selon les rapports les plus récents du Comité National de la Dette Publique (CNDP) du Cameroun, bien que la composition de la dette camerounaise se soit considérablement diversifiée ces dernières années, avec l’émergence de créanciers comme la Chine (qui détient la part la plus importante de la dette bilatérale) ou les euro-obligations sur les marchés internationaux, l’encours dû à la France conserve une importance notable.
L’impact de la fin du C2D sur l’avenir économique du Cameroun
Pour le gouvernement camerounais, la clôture du dossier C2D atteste de sa capacité à respecter ses engagements financiers sur la scène internationale, envoyant un signal positif aux agences de notation et aux investisseurs. Cela marque également la fin d’une période de cogestion des projets de développement avec Paris, ouvrant la voie à une redéfinition des priorités économiques nationales.
Cependant, la prudence reste de mise à Yaoundé. Avec une dette publique totale qui se rapproche des seuils d’alerte fixés par la CEMAC, le défi ne se limite plus à régler les anciens comptes avec des partenaires historiques comme la France, mais plutôt à rationaliser l’endettement global afin de soutenir l’émergence économique du pays.

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