le Burkina Faso révolutionne la lutte contre le cancer du col de l’utérus grâce à une approche communautaire
À Ouagadougou, des milliers de femmes ont vu leur quotidien transformé grâce à une initiative audacieuse du gouvernement burkinabè. Le dépistage gratuit du cancer du col de l’utérus, autrefois inaccessible pour beaucoup, est désormais une réalité, même dans les zones les plus reculées. « J’ai hésité avant de me rendre au dépistage, mais la peur de tomber malade m’a poussée à agir. Maintenant, je recommande cette démarche à toutes les femmes », confie Awa, une mère de six enfants résidant à Ipendo, dans le Centre-Ouest du pays.
un cancer dévastateur, des obstacles persistants
Avant cette mobilisation nationale, le cancer du col de l’utérus représentait l’une des principales causes de mortalité chez les femmes au Burkina Faso. Moins de 8 % des femmes étaient dépistées, et les zones rurales subissaient de plein fouet cette carence. Les distances à parcourir pour accéder à un centre médical, combinées à des coûts élevés et à un manque criant d’information, laissaient des millions de femmes sans défense face à cette maladie.
Le professeur Nayi Zongo, coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), explique les défis rencontrés : « Les femmes devaient souvent abandonner leurs activités quotidiennes pour se faire soigner, sans garantie de trouver un professionnel formé ou un équipement adapté. La sensibilisation était quasi inexistante, et les lésions précancéreuses n’étaient détectées que trop tard ».
des cliniques mobiles pour briser les barrières géographiques et financières
Pour remédier à cette situation, le gouvernement a mis en place une stratégie innovante : des cliniques mobiles qui sillonnent les villages, les marchés et les exploitations agricoles. Ces unités mobiles, équipées pour réaliser des tests gratuits, permettent aux femmes de se faire dépister sans interrompre leurs activités. « Nous allons vers elles, où qu’elles se trouvent, pour leur offrir un accès égal à la santé », déclare le Pr Zongo.
Cette initiative s’accompagne d’une suppression des frais de dépistage et de traitement des lésions précancéreuses, rendant les soins accessibles à toutes. Une approche qui a déjà porté ses fruits : le taux de couverture est passé de moins de 8 % à plus de 60 % en quelques années.
une mobilisation communautaire et médiatique
Au-delà des cliniques mobiles, le Burkina Faso a mis en place une stratégie globale incluant :
- une campagne de sensibilisation intensive via les médias (télévision, radio) et les réseaux sociaux ;
- l’organisation d’événements comme Octobre Rose pour promouvoir la prévention ;
- la création d’une coalition nationale contre le cancer, associant la société civile, les leaders communautaires et les médias.
Ces efforts ont permis de transformer la lutte contre le cancer du col en une cause nationale, encourageant chaque femme à se faire dépister.
l’OMS au cœur du succès : accompagnement technique et soutien logistique
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans cette réussite. Elle a fourni un soutien technique pour l’élaboration des directives nationales, formé des centaines de professionnels de santé et facilité la mobilisation communautaire. « Grâce à l’OMS, nous avons pu renforcer nos infrastructures et former nos équipes, garantissant à chaque femme un accès aux soins », précise le Pr Zongo.
Les résultats sont éloquents : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 missions de cliniques mobiles ont été organisées, permettant de :
- sensibiliser près de 2 millions de femmes ;
- réaliser 106 446 dépistages ;
- traiter 715 lésions précancéreuses ;
- effectuer 113 examens approfondis pour confirmer les diagnostics.
Des chiffres qui ne sont pas que des statistiques : chaque dépistage représente une vie potentiellement sauvée.
un modèle inspirant pour l’Afrique
Le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, souligne l’impact de cette initiative : « Le Burkina Faso prouve qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles qui semblaient insurmontables. Cette approche, combinant gratuité des soins et cliniques mobiles, est un exemple à suivre pour d’autres pays africains ».
des témoignages qui parlent d’eux-mêmes
Awa, comme des milliers d’autres femmes, incarne cette transformation. « Avant, je ne savais même pas que cette maladie existait. Maintenant, je parle à mes voisines et je les encourage à se faire dépister. Si la maladie est détectée tôt, les chances de guérison sont bien plus grandes », explique-t-elle avec conviction.
Pour ces femmes, les cliniques mobiles représentent bien plus qu’un service médical : elles offrent une première opportunité de prévention, brisant le silence autour de cette maladie et ouvrant la voie à une prise en charge précoce.
une victoire sur le cancer, mais aussi sur les inégalités sociales
Cette initiative va au-delà de la santé : elle touche à la justice sociale et au droit fondamental de chaque femme à accéder aux soins. En rendant le dépistage gratuit et accessible, le Burkina Faso envoie un message fort : la santé est un droit, pas un privilège. Et cette avancée redonne espoir à des familles entières.
Avec cette mobilisation exceptionnelle, le pays se positionne comme un leader en Afrique dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, prouvant que la prévention et l’accès aux soins sauvent des vies.

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