Cotonou, novembre 2026 – La visite officielle du général Derby Guerrier, chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), au Bénin ouvre une nouvelle page dans les discussions autour d’une coopération militaire renforcée entre les deux pays. Rencontré par son homologue béninois, le général Fructueux Gbaguidi, le responsable haïtien marque ainsi une étape clé dans la recherche de solutions face à la crise sécuritaire qui secoue Port-au-Prince. Si les promesses d’engagement du Bénin en 2024 n’ont pas encore abouti, cette rencontre relance le débat sur l’avenir des partenariats militaires africains pour Haïti.
Une visite diplomatique lourde de symboles et de défis
L’arrivée du général Derby Guerrier à Cotonou intervient dans un contexte où Haïti doit faire face à une insécurité endémique, alimentée par la montée en puissance des groupes armés et l’affaiblissement progressif des institutions étatiques. Face à cette situation, les autorités haïtiennes explorent tous les canaux possibles pour obtenir un soutien extérieur. La disponibilité exprimée par le Bénin en 2024 – jusqu’à 1 500 militaires pour une mission de stabilisation – avait marqué un tournant dans les relations entre les deux nations, même si son déploiement effectif n’a jamais été concrétisé.
Cette fois-ci, l’enjeu est double : d’une part, confirmer l’intérêt mutuel pour une collaboration accrue, et d’autre part, lever les obstacles qui avaient freiné les ambitions initiales. Parmi ces blocages figuraient des questions épineuses comme le commandement de la mission, la répartition des responsabilités ou encore les modalités de financement. Ces débats, bien que techniques, conditionnent l’efficacité de toute future collaboration.
Ce que le Bénin pourrait apporter à Haïti – et vice versa
Le Bénin n’est pas un novice en matière de gestion des crises sécuritaires. Depuis plusieurs années, le pays déploie des efforts significatifs pour contrer la montée des groupes terroristes dans sa partie nord, dans un environnement régional particulièrement instable. Cette expérience pourrait s’avérer précieuse pour Haïti, dont les forces armées peinent à endiguer la spirale de violence.
Les échanges entre les deux états-majors pourraient ainsi se concentrer sur des axes stratégiques majeurs :
- Le renforcement des capacités opérationnelles : formation des troupes, adaptation des doctrines militaires aux menaces contemporaines (groupes armés, cybermenaces, etc.) ;
- Le renseignement et la planification stratégique : partage de méthodes pour anticiper les risques et coordonner les actions ;
- La gestion des crises et la logistique : optimisation des ressources et des moyens pour des interventions ciblées et efficaces ;
- L’innovation technologique et les équipements : exploration de solutions adaptées aux réalités des deux pays.
Pour le général Gbaguidi, cette visite représente aussi une opportunité de renforcer les liens entre deux armées confrontées à des défis similaires. « Nous partageons des réalités sécuritaires comparables, et notre collaboration peut être mutuellement bénéfique », a-t-il souligné lors de la réception officielle.
Un précédent diplomatique qui pèse dans les discussions
Le rappel de l’engagement béninois de 2024 n’est pas anodin. En proposant jusqu’à 2 000 hommes sous mandat onusien, Cotonou avait franchi un cap symbolique en s’impliquant directement dans la résolution d’une crise externe. Pourtant, les tergiversations autour de la gouvernance de la future mission ont finalement gelé le projet. Aujourd’hui, les autorités béninoises et haïtiennes semblent déterminées à repartir sur de nouvelles bases, en clarifiant dès à présent les modalités pratiques.
Cette rencontre pourrait donc être l’occasion de trancher des questions restées en suspens : qui dirigera la mission ? Quel sera le rôle du Kenya, déjà engagé dans le cadre de la MMAS ? Comment financer une telle opération ? Autant de réponses nécessaires avant tout engagement concret.
Solidarité africaine et nouvelles perspectives de coopération
Au-delà des aspects militaires, cette visite s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération Sud-Sud. Haïti, bien que géographiquement éloigné du continent africain, partage avec lui une histoire commune, des valeurs culturelles fortes et une volonté de renforcer les liens interafricains. Cette convergence pourrait faciliter l’émergence de partenariats innovants, adaptés aux réalités des deux régions.
Les discussions pourraient aussi aborder la question de la formation des cadres militaires, un domaine où le Bénin dispose d’une expertise reconnue. Des échanges académiques ou des programmes de mentorat pourraient être envisagés pour renforcer les compétences des officiers haïtiens.
Et maintenant ? Quelles suites concrètes pour Haïti ?
Si l’enthousiasme est palpable, les attentes doivent rester mesurées. Aucune annonce officielle n’a à ce stade confirmé un nouveau déploiement de troupes béninoises en Haïti. En revanche, la volonté affichée par les deux parties de formaliser une coopération bilatérale ouvre la voie à des avancées significatives.
Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les semaines à venir :
- Une coopération militaire limitée à des échanges d’expertise et de formation sans déploiement de troupes ;
- Un renforcement des liens institutionnels via des accords-cadres ou des mémorandums d’entente ;
- Une participation progressive du Bénin à des missions de stabilisation, sous réserve d’un cadre juridique et opérationnel clair.
Une chose est sûre : cette visite marque un tournant dans les relations entre Haïti et le Bénin. Si les discussions aboutissent, elles pourraient redessiner l’équilibre sécuritaire en Haïti et offrir un modèle de collaboration africaine innovant. À suivre de près dans les mois à venir.
En attendant, une question persiste dans les esprits : cette nouvelle dynamique suffira-t-elle à briser le cycle de l’insécurité qui ronge Haïti ? Seul l’avenir pourra y répondre.











