/Au Bénin, les 62 mwc solaires suscitent l’espoir et divisent les experts

Au Bénin, les 62 mwc solaires suscitent l’espoir et divisent les experts

Lire à voix haute⏱ ~6 min

Un projet phare sous le feu des projecteurs énergétiques

Avec la signature des accords de financement pour le projet IPP50, le Bénin pose les jalons d’une révolution énergétique attendue. Quatre nouvelles centrales solaires, d’une capacité totale de 62 mégawatts-crête (MWc), promettent de transformer le paysage électrique national. Réparties entre Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon, ces infrastructures représentent un investissement de 45 millions d’euros, soit près de 29,5 milliards de francs CFA. Mais au-delà des chiffres, c’est l’impact concret sur l’économie et la vie des Béninois qui suscite désormais débats et espoirs.

Les réactions des acteurs clés : entre optimisme et interrogations

Les autorités béninoises saluent une avancée majeure vers l’autonomie énergétique. « Ce projet marque un tournant dans notre stratégie de diversification », déclare un haut responsable du gouvernement. Les partenaires financiers, dont l’IFC (Société financière internationale) et Proparco, soulignent quant à eux l’attractivité croissante du secteur privé béninois pour les investissements verts.

Cependant, certains experts pointent des défis persistants. « La réussite dépendra autant des infrastructures que de la gestion du réseau », confie un analyste énergétique. Les retours des industriels et des associations de consommateurs restent pour l’instant mesurés, en attendant la mise en service prévue en 2028.

Des retombées économiques et sociales attendues

Une fois opérationnelles, les quatre centrales devraient produire environ 110 gigawattheures (GWh) d’électricité renouvelable par an, alimentant près de 383 000 personnes. Pour les ménages, cela signifie un accès plus stable à l’énergie, essentiel pour la conservation des aliments et les activités artisanales. Les entreprises locales, elles, espèrent une réduction des coûts énergétiques et une compétitivité accrue.

« Ce projet est un levier pour attirer de nouveaux investisseurs industriels », estime un économiste béninois. Il pourrait ainsi contribuer à la création d’emplois et à la transformation locale des matières premières, alignée sur les ambitions du Pacte national de l’énergie.

La dépendance aux importations dans le viseur

Le Bénin, comme ses voisins, a longtemps dépendu des importations d’électricité pour répondre à ses besoins. Avec IPP50, le pays franchit une étape vers une plus grande maîtrise de son approvisionnement. « Nous voulons réduire notre vulnérabilité aux fluctuations des marchés régionaux », explique un responsable de la SBPE (Société béninoise de production d’électricité).

Mais les défis restent nombreux : raccordement des centrales au réseau national, qualité des infrastructures de distribution, et capacité à absorber cette nouvelle production. « Produire plus ne suffit pas, encore faut-il acheminer cette énergie jusqu’aux consommateurs », rappelle un ingénieur du secteur.

Un financement international qui renforce la crédibilité du pays

Sur un coût global de 45 millions d’euros, 30 millions ont été mobilisés via des partenariats entre acteurs nationaux et internationaux, dont AXIAN Energy, la CDC-Bénin, l’IFC et Proparco. Un modèle de producteur indépendant d’électricité (IPP) a été retenu, permettant de concilier financement privé et encadrement public.

« Ce projet envoie un signal fort aux investisseurs : le Bénin est prêt pour les énergies renouvelables », se réjouit un représentant de l’IFC. Cependant, son parcours chaotique marqué par des retards et des reconversions de partenaires rappelle les obstacles qui jalonnent encore la transition énergétique du pays.

Un impact environnemental non négligeable

En évitant l’émission de près de 62 000 tonnes de CO₂ par an, les nouvelles centrales contribuent aux objectifs climatiques du Bénin. Une avancée saluée dans un contexte où les énergies fossiles dominent encore largement le mix énergétique national.

« Le solaire représente une solution durable pour notre avenir », commente un militant écologiste. Cependant, certains soulignent que ces résultats restent modestes au regard de l’ampleur des défis climatiques actuels.

2028 : L’année du test pour le Bénin

La mise en service des quatre centrales est prévue pour le premier trimestre 2028. D’ici là, les autorités devront veiller à la réalisation des travaux, au respect des délais et à la pérennité des infrastructures. Le succès du projet IPP50 dépendra aussi de la capacité du réseau à intégrer cette nouvelle production sans à-coups.

« Ce n’est qu’un début », conclut un observateur. « Le vrai défi sera de transformer cette capacité supplémentaire en bénéfices tangibles pour l’ensemble de la population. »

Vers une souveraineté énergétique durable ?

Avec IPP50, le Bénin confirme sa volonté de bâtir un système électrique plus résilient. Entre espoirs économiques, enjeux environnementaux et défis techniques, le projet cristallise toutes les attentes d’un pays en pleine mutation.

« L’énergie est le moteur de notre développement », rappelle un responsable gouvernemental. « Avec ces centrales, nous écrivons une nouvelle page de notre indépendance. » Reste à savoir si cette page se tournera sans accroc d’ici deux ans.

Par Aïssata Diallo — Journaliste

Flux RSS & XMLRecevez les nouveaux articles dans votre lecteur de flux préféré