12 mai 2026

Crise au Mali : le Jnim intensifie son étau sur Bamako et fragilise manantali

Le Jnim accentue son blocus contre Bamako, paralysant les axes économiques

En Mali, le groupe jihadiste Jnim, affilié à al-Qaïda, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de pression. Au cours du dernier week-end, une dizaine de véhicules de transport en commun ont été réduits en cendres sur l’axe Ségou-Bamako, artère vitale pour l’approvisionnement de la capitale depuis l’est du pays. Parallèlement, des installations électriques liées au barrage hydroélectrique de Manantali, situé dans la région de Kayes, ont été endommagées, aggravant une crise énergétique déjà critique. Malgré les efforts de l’armée malienne, qui mène des opérations sur plusieurs fronts, le blocus économique continue de s’aggraver sans que ses effets ne soient atténués.

Manantali, un barrage sous haute tension

La dégradation des infrastructures de Manantali n’est pas un hasard. Ce barrage, géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), représente un pilier du réseau électrique malien. En ciblant ses lignes d’évacuation, le Jnim ne se contente plus de frapper les forces de sécurité : il s’attaque au cœur même de l’économie urbaine, où les coupures de courant paralysent services publics, commerces et industries. Cette tactique s’inscrit dans une campagne plus large, marquée par le sabotage répété des convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

L’objectif des jihadistes ? Instaurer une pénurie d’hydrocarbures pour fragiliser la légitimité des autorités de transition, dirigées par le général Assimi Goïta. Bamako, jusqu’alors moins exposée, devient le théâtre d’une guerre d’usure, où chaque jour compte.

L’armée malienne en première ligne face à la guerre économique

Face à cette offensive multidimensionnelle, l’état-major malien affirme poursuivre des opérations terrestres et aériennes dans plusieurs zones. Des escortes militaires ont permis l’arrivée à Bamako de centaines de camions-citernes ces derniers jours, offrant un répit temporaire aux stations-service en tension. Toutefois, cette avancée reste fragile : chaque convoi exige des ressources importantes, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors de portée à court terme.

Les Forces armées maliennes (FAMa) subissent un double défi. À l’ouest et au centre du pays, le Jnim multiplie les embuscades et les destructions d’infrastructures. Plus au nord, dans la région de Kidal, la situation reste tendue, avec des risques accrus de nouveaux affrontements contre les groupes rebelles du Cadre stratégique permanent. Le pouvoir de Bamako se trouve ainsi pris en étau, avec des moyens humains et logistiques de plus en plus limités.

Un enjeu régional qui dépasse les frontières du Mali

Le blocus imposé par le Jnim dépasse désormais le cadre national. Les économies voisines, notamment celles du Sénégal, de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, subissent les répercussions de la dégradation des corridors commerciaux ouest-africains. Le ralentissement des échanges pèse sur les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part majeure du trafic transite vers l’arrière-pays sahélien. La Confédération des États du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à élaborer une réponse unifiée face à cette guerre économique menée par les groupes armés.

L’attaque contre Manantali soulève également des questions sur la gestion transfrontalière des infrastructures partagées au sein de l’OMVS. Une aggravation des dommages aurait des répercussions directes sur l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant un conflit local en crise régionale. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs militaires, devront arbitrer entre soutenir la souveraineté du Mali et protéger les infrastructures stratégiques transfrontalières.

Sur le terrain, le décalage entre les annonces de l’armée et la réalité d’une capitale sous pression illustre l’ampleur inédite de cette phase du conflit. Le Jnim ne cherche plus seulement à contrôler des territoires : il vise à asphyxier un État tout entier. Selon des sources locales, de nouveaux combats sont attendus dans les prochains jours, notamment autour de Kidal.

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