3 juillet 2026

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Crise de l’eau à Libreville : une urgence nationale au Gabon

À Libreville, la capitale gabonaise, l’accès à l’eau potable est devenu un luxe. Les robinets sont à sec depuis des jours, les points de ravitaillement publics se comptent sur les doigts d’une main, et le prix des bidons d’eau explose dans les quartiers défavorisés. Dans les rues, l’expression « cher comme un billet de 10 000 francs CFA » résume l’exaspération d’une population en première ligne face à une crise hydrique qui s’aggrave. La situation, autrefois exceptionnelle, est désormais quotidienne.

Deux causes majeures expliquent cette pénurie sans précédent. D’abord, les pluies, essentielles pour remplir les barrages et les nappes phréatiques, ont été bien moins abondantes que d’habitude cette année. Ensuite, le réseau de distribution, hérité de plusieurs décennies de gestion chaotique, est dans un état déplorable : des fuites massives sur les canalisations et des stations de traitement sous-dimensionnées rendent le système incapable de faire face à la moindre perturbation. Résultat ? Un approvisionnement en eau au bord de l’effondrement, vulnérable même aux aléas climatiques les plus anodins.

un réseau à bout de souffle, symbole des failles du système gabonais

Cette crise de l’eau à Libreville révèle les faiblesses structurelles de la gestion des services publics au Gabon. Confiée pendant des années à la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), la distribution a subi des changements de gouvernance constants, sans jamais bénéficier d’un plan d’investissement cohérent. Pendant ce temps, la population de la capitale et de ses alentours a explosé, dépassant les 700 000 habitants. Les infrastructures, elles, n’ont pas suivi. Chaque saison sèche se transforme désormais en épreuve : les quartiers les plus éloignés du centre-ville subissent des coupures prolongées, tandis que les plus aisés s’en sortent grâce à des solutions privées.

Avec la transition politique enclenchée après les événements d’août 2023, cette crise de l’eau est devenue un test de crédibilité pour le nouveau pouvoir. L’état d’urgence hydrique a été décrété, permettant de mobiliser rapidement des fonds publics, des équipements et une coordination interministérielle pour tenter de soulager la situation. Mais ces mesures d’urgence ne suffiront pas. Pour que la situation s’améliore durablement, il faudra un plan d’investissement ambitieux et pluriannuel, capable de moderniser le réseau et d’anticiper les besoins futurs.

Libreville sous tension : quand l’eau manque, tout s’arrête

Face à l’absence d’eau courante, les Gabonais improvisent. Les camions-citernes de la mairie, les distributions ponctuelles dans les mairies d’arrondissement, les forages privés et la revente au détail composent un tableau chaotique où chacun tente de s’adapter. Les entreprises, les hôtels et les hôpitaux ne sont pas épargnés : les coupures perturbent leur fonctionnement, avec un coût économique difficile à quantifier mais bien réel. Dans les centres de santé, le manque d’eau potable aggrave les risques d’épidémies, mettant en péril la santé publique.

Les autorités misent sur des solutions immédiates : accélération des travaux sur les stations de traitement, importation de pompes de secours et exploitation des ressources souterraines. Mais ces mesures ont un prix. Les bailleurs internationaux, comme la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, ont déjà financé des projets d’adduction dans le Grand Libreville par le passé. Leur engagement futur dépendra de la clarté des réformes et de la gouvernance du secteur, ainsi que du rôle attribué à l’opérateur historique.

une alerte climatique qui dépasse les frontières du Gabon

Le drame de Libreville n’est pas un cas isolé. Plusieurs capitales d’Afrique centrale et de l’Ouest, comme Kinshasa, Brazzaville, Douala ou Abidjan, connaissent des tensions récurrentes sur l’accès à l’eau potable. La croissance démographique urbaine, l’insuffisance des investissements et l’aggravation des conditions climatiques en sont les principales causes. Pour le Gabon, longtemps considéré comme un pays riche en eau grâce à son couvert forestier, cette crise est un avertissement : même les territoires les mieux dotés ne sont pas à l’abri des conséquences du changement climatique.

Pour sortir de cette impasse, trois leviers sont indispensables : la réhabilitation des infrastructures existantes, la diversification des sources de captage (forages, stations de dessalement) et une refonte complète du cadre institutionnel régissant le service public de l’eau. Le calendrier politique de la transition impose une action rapide. Sans quoi, la frustration de la population pourrait peser lourdement sur les prochaines consultations électorales. La faible pluviométrie et le vieillissement des installations sont au cœur de cette crise, qui rappelle que l’eau, ressource vitale, ne doit jamais être prise pour acquise.