21 juillet 2026

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Dette publique au Sénégal : quand les choix politiques pèsent sur l’équilibre budgétaire

Au Sénégal, la dette publique n’est plus un simple chiffre dans les rapports économiques. Elle incarne désormais une bataille politique où s’affrontent deux temporalités : celle des marchés, qui raisonnent en décennies, et celle des gouvernants, cantonnés à un mandat de cinq ans. Cette tension, Ndèye Nangho Dioum, inspectrice des impôts et des domaines, la décrypte comme une dilemme universel : prendre des mesures impopulaires aujourd’hui pour éviter une crise demain.

Son analyse s’appuie sur une citation de Bill Clinton, rappelant que tout dirigeant doit un jour faire des arbitrages douloureux, dans l’espoir que le climat politique lui soit plus favorable. Une métaphore qui résonne particulièrement au Sénégal, où le gouvernement doit concilier rigueur budgétaire et attentes sociales toujours plus pressantes.

Le piège de la temporalité politique sur les finances publiques

Les travaux du politologue James M. Buchanan sur le choix public ont mis en lumière un biais structurel des démocraties : les décideurs privilégient les actions aux effets immédiats, reportant les coûts au-delà de leur mandat. Ce phénomène, observable dans de nombreux pays, y compris développés, alimente la spirale de l’endettement.

Au Sénégal, ce mécanisme s’est aggravé après l’audit des finances publiques en 2024, qui a révélé un niveau d’endettement bien supérieur aux estimations précédentes. Cette révision a fragilisé la confiance des partenaires, dont le FMI, et pesé sur la notation du pays. Corriger cette situation exige des mesures coûteuses politiquement, mais indispensables pour rétablir la crédibilité.

Réformes économiques : entre rigueur et acceptabilité sociale

Diminuer le déficit passe par des choix impopulaires : réduction des subventions énergétiques, maîtrise de la masse salariale de l’État, élargissement de l’assiette fiscale ou ajustement des tarifs publics. Chaque décision a des perdants immédiats, tandis que ses bénéfices — stabilité de la dette, marge de manœuvre budgétaire — ne se concrétisent qu’à moyen terme. Cette asymétrie temporelle explique pourquoi les réformes structurelles peinent à aboutir.

Le cas du Sénégal révèle aussi une contrainte spécifique aux pays de la zone franc. L’arrimage du franc CFA à l’euro prive les autorités d’un outil monétaire pour absorber les chocs. Résultat : chaque ajustement budgétaire se répercute directement sur le pouvoir d’achat des ménages, sans filet de sécurité monétaire.

Crédibilité financière : un pari risqué mais nécessaire

Depuis avril 2024, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont affiché leur ambition de refonder l’économie sénégalaise. Leur priorité ? Redonner confiance aux marchés et aux bailleurs internationaux. Pourtant, les récents écarts sur les eurobonds sénégalais montrent que la défiance persiste.

Autre levier clé : l’optimisation des recettes internes. L’administration fiscale, dont fait partie l’auteure de la tribune, doit jouer un rôle central en luttant contre l’évasion fiscale et en réduisant les exonérations. Une mission technique, mais qui nécessite un soutien politique constant pour surmonter les résistances des groupes d’intérêt.

La conclusion s’impose : la maturité politique se mesure à la capacité d’agir aujourd’hui pour éviter les crises de demain. Dans une Afrique de l’Ouest où plusieurs États renégocient leur dette ou frôlent l’asphyxie financière, le Sénégal joue une partie qui dépasse ses frontières. Une discipline budgétaire assumée, avec pédagogie, peut devenir un atout politique.