25 juin 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Diplomatie d’urgence en Afrique de l’Ouest : vers une réconciliation entre Cédéao et AES?

Face à l’escalade sécuritaire et aux défis économiques communs, les efforts se multiplient en Afrique de l’Ouest pour renouer le dialogue entre la Cédéao et l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger). Une diplomatie pragmatique tente de surmonter les contentieux politiques.

Une dynamique de normalisation

Depuis plusieurs semaines, des initiatives se succèdent pour recréer des canaux de concertation entre les pays de la Cédéao et ceux de l’AES. Au centre de ces démarches se trouve l’urgence sécuritaire, qui impose d’harmoniser les politiques et, à terme, de mutualiser les moyens. Pour que cette diplomatie aboutisse, les acteurs doivent taire les rancunes, contourner le litige du retrait des trois pays de l’AES, et dépasser les discours hostiles qui ont longtemps empoisonné les relations. Il s’agit de mettre de côté les tensions et les orgueils inappropriés pour affronter les enjeux communs.

La Côte d’Ivoire tend la main

Un signal fort est venu de la Côte d’Ivoire. Le 15 juin, le ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a déclaré être « sincèrement prêt à une reprise de la coopération sécuritaire » avec le Mali et le Burkina Faso. Il a souligné que le terrorisme actuel ne peut être vaincu par un seul État, et qu’une collaboration et une mutualisation des forces sont indispensables. Cette prise de position intervient alors que certains décideurs estiment que les conséquences de la crise sécuritaire dans le Sahel deviendront intenables à moyen terme pour toute la région.

Reste à savoir comment Bamako et Ouagadougou répondront à cet appel. Si les dirigeants maliens et burkinabè admettent que la rupture avec la Cédéao n’exclut pas des coopérations bilatérales, il leur est difficile de changer soudainement de position vis-à-vis de la Côte d’Ivoire. Celle-ci est régulièrement accusée – sans preuves – d’héberger des éléments terroristes « financés » par l’impérialisme français, ce qui en fait une cible privilégiée du narratif des régimes de l’AES. Pourtant, malgré ces relations délétères, Abidjan maintient des canaux discrets d’échanges avec le Mali et le Burkina Faso, dont des milliers de ressortissants vivent en Côte d’Ivoire.

Une « nouvelle ère » pour le Bénin et le Niger

Le Bénin, également visé par des accusations similaires, a entrepris des gestes d’apaisement envers les pays de l’AES, notamment le Niger. Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, élu le 24 mai, a saisi l’opportunité de mettre fin à la querelle personnelle entre les autorités nigériennes et son prédécesseur Patrice Talon. Les 20 et 21 juin, une réunion d’experts nigériens et béninois s’est tenue à Cotonou pour élaborer les bases d’une nouvelle coopération, centrée sur la défense, la sécurité et la réouverture de la frontière commune – élément clé pour la reprise des échanges économiques. La délégation nigérienne a réitéré son souhait d’obtenir des informations sur la présence supposée d’« éléments étrangers » à la frontière, faisant référence à l’accusation d’une base militaire française au Bénin. Une accusation sans fondement, alors que le Bénin est lui-même victime du terrorisme.

Le ministre nigérien de l’Intérieur et de la Sécurité, Mohamed Toumba, a salué « une nouvelle ère » pour les deux pays, affirmant que le dialogue plutôt que la confrontation crée de la valeur pour les économies et de la sécurité pour les populations. Ce rapprochement pourrait servir de modèle pour une gestion intelligente des vulnérabilités partagées en Afrique de l’Ouest.

Des réponses endogènes à la crise sécuritaire

Les initiatives de normalisation devraient se préciser dans les mois à venir. Elles réactivent les logiques de voisinage historiques et soulignent l’urgence de réponses endogènes à l’équation sécuritaire. En écho aux appels de l’ONU et de la Russie – partenaire privilégié des pays de l’AES – à un dialogue pragmatique, ces démarches rappellent aux Africains qu’ils doivent eux-mêmes fabriquer les solutions les plus efficientes à leurs défis.

Des protocoles bilatéraux existent déjà entre l’AES et certains pays comme le Ghana, la Guinée, le Togo ou le Sénégal. Malgré leur retrait de la Cédéao, les régimes sahéliens restent membres de l’UEMOA, et leurs ressortissants bénéficient de la libre circulation dans l’espace Cédéao. Au final, le bien-fondé du retrait de l’AES est questionné. Le contentieux initial reste la condamnation des coups d’État par la Cédéao et le refus des dirigeants de l’AES de rétablir l’ordre constitutionnel. La rupture semble artificielle et inachevée.