2 juin 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Étienne Fakaba Sissoko et l’avenir du Mali : l’exigence d’un dialogue sans compromission

Dans un contexte marqué par une instabilité persistante, le paysage politique malien voit émerger des voix prônant une voie médiane entre l’option militaire stricte et l’enlisement sécuritaire. Étienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), livre une analyse sans détour sur les leviers nécessaires pour restaurer la paix. Pour ce cadre politique, une certitude demeure : engager une discussion avec les acteurs de la crise ne signifie en aucun cas une reddition ou une alliance contre nature.

L’impact humanitaire du blocus et l’urgence sécuritaire

La situation à Bamako et dans l’arrière-pays reste une préoccupation majeure. Les stratégies de blocus, loin d’être de simples manœuvres tactiques, pèsent lourdement sur le quotidien des populations. Cette pression économique fragilise les approvisionnements et fait grimper les prix, plaçant les familles dans une précarité croissante. Pour la CFR, si la souveraineté nationale passe par le contrôle des corridors, la réponse ne peut être uniquement militaire. Une approche politique est indispensable pour sécuriser durablement les flux et protéger les civils, premières victimes de cet étouffement.

Une alternative politique portée par la CFR

Depuis sa création fin 2025, la Coalition des Forces pour la République s’est imposée non pas comme un parti traditionnel, mais comme une plateforme de sauvegarde nationale. L’accueil des Maliens témoigne d’une soif de paix et d’une volonté de voir émerger une parole politique structurée. Face au risque d’enlisement, le mouvement propose une alternative crédible, se tenant à égale distance de la prolongation du régime militaire et du chaos.

Concernant les relations avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), la position est dénuée d’ambiguïté : il n’existe aucune fusion organique. La CFR est une entité civile dont l’outil principal est la diplomatie interne, et non les armes. Tout en refusant catégoriquement toute partition du Mali, le mouvement estime que les revendications territoriales doivent trouver une issue dans un cadre républicain et transparent.

Vers une transition civile de sauvegarde nationale

L’offensive coordonnée menée en avril 2026 par certains groupes armés a souligné la fragilité de l’État. Toutefois, pour Étienne Fakaba Sissoko, ces événements ne confèrent aucune légitimité aux mouvements armés pour dicter le futur du pays. L’objectif reste la mise en place d’une transition civile dont la mission serait de rétablir les libertés, de sécuriser le territoire et de préparer une nouvelle Constitution. Dans ce schéma, les élections présidentielles ne seraient pas une fin en soi, mais l’aboutissement d’un processus de consensus national retrouvé.

Quant à l’influence de l’imam Mahmoud Dicko, son rôle est perçu comme celui d’une autorité morale. Si sa capacité de médiation est reconnue pour apaiser les tensions sociales, la gestion de l’exécutif doit, selon la CFR, demeurer entre les mains d’institutions civiles issues de la volonté populaire.

Les lignes rouges du dialogue avec le JNIM

La question du dialogue avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) suscite de nombreux débats. Pour la CFR, cette démarche est un outil de paix, mais elle se heurte à des limites infranchissables. L’affiliation du groupe à des agendas transnationaux comme celui d’Al-Qaïda est jugée incompatible avec un projet national. Les conditions préalables à toute discussion sérieuse incluent :

  • Le respect de l’unité et de l’intégrité du Mali ;
  • La préservation du caractère républicain de l’État ;
  • La fin immédiate des exactions contre les populations civiles ;
  • La rupture vérifiable avec les réseaux terroristes internationaux ;
  • Le refus de l’impunité pour les crimes de guerre.

Au-delà des intentions affichées par certains chefs, seuls les actes concrets — arrêt des hostilités et libre accès humanitaire — permettront de juger de la sincérité d’une volonté de paix.

Refonder l’État par la régionalisation

Le débat sur la gouvernance est souvent réduit à l’opposition entre État laïc et charia. Pour la CFR, le véritable enjeu réside dans la restauration d’un « État utile ». L’absence de services publics dans les zones reculées pousse les citoyens vers des modes de régulation locaux. La solution proposée n’est pas l’instauration d’une théocratie, mais une décentralisation poussée, voire une régionalisation efficace.

L’idée est de déléguer des compétences réelles et des ressources financières aux collectivités locales, tout en maintenant les fonctions régaliennes au niveau central. Un Mali unitaire mais déconcentré permettrait une meilleure gestion de la proximité, indispensable pour regagner la confiance des citoyens envers leurs institutions.

Une vision pour la reconstruction nationale

Le programme de la CFR s’articule autour de priorités vitales : réouverture des écoles, indépendance de la justice et relance économique. À l’échelle régionale, la convergence avec l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS) illustre une solidarité entre les forces démocratiques du Burkina Faso, du Niger et du Mali pour défendre les libertés publiques.

En définitive, le salut du pays ne dépendra pas d’une figure providentielle, mais de la conclusion d’un pacte national solide capable de garantir le retour à l’ordre constitutionnel et la sécurité pour tous.