17 juillet 2026

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La Cédéao face à son destin : un sommet crucial à Freetown sans l’Alliance des États du Sahel

Freetown, en Sierra Leone, accueille ce week-end une rencontre majeure des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Cette assemblée se déroule à un moment charnière pour l’organisation régionale, qui cherche à redéfinir son rôle et son image.

Le 69e sommet de la Cédéao, réuni ce dimanche, est marqué par l’absence notable de trois de ses anciens membres : le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Ces nations ont choisi de former leur propre entité, l’Alliance des États du Sahel (AES), et opèrent désormais indépendamment. Cette scission représente un défi majeur pour la Cédéao, qui devra aborder les questions de sécurité et tenter de restaurer sa crédibilité, un sujet qui sera sans aucun doute au cœur des discussions.

Bonn 2026 | Passeport AES (illustration)

Quel avenir pour la Cédéao sans le Mali, le Niger et le Burkina Faso ?

Au-delà de la dimension symbolique de cette rupture, les dirigeants ouest-africains sont confrontés à une interrogation fondamentale : comment envisager l’avenir de la Cédéao après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ont consolidé leur union au sein de la Confédération des États du Sahel ?

Bien que ces trois pays aient quitté la structure, ils demeurent des partenaires géographiques essentiels. Il est donc attendu que les chefs d’État examinent les pistes d’un dialogue constructif. L’objectif serait de sauvegarder les flux commerciaux, d’assurer la libre circulation des personnes et, surtout, de renforcer la coopération sécuritaire face à une menace terroriste transfrontalière persistante. Les dynamiques de la politique burkinabè, malienne et nigérienne ont conduit à la formation de l’AES, forçant la Cédéao à reconsidérer son approche régionale.

Pour Aliou Diakite, expert reconnu des enjeux de la Cédéao, l’importance de ce sommet est capitale. Il souligne la nécessité de « discuter de l’avenir de la Cédéao et des problématiques de gouvernance et de sécurité qui se posent aujourd’hui au niveau de l’espace Cédéao, compte tenu de la criminalité organisée liée au terrorisme, des évolutions politiques autour des élections, du changement climatique et d’autres défis comme les épidémies et pandémies. Ce sont ces questions qui interpellent les chefs d’État et de gouvernement pour débattre de la trajectoire future de la Cédéao au cours des prochaines années. »

Nigeria Abuja 2025 | Drapeaux de la Cédéao lors du 68è sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, en 2025 (illustration)

La Force en attente de la Cédéao, un projet toujours en suspens

De nombreux dossiers cruciaux pour les citoyens ouest-africains sont à l’ordre du jour, mais certains persistent d’un sommet à l’autre sans avancée significative.

La Force en attente de la Cédéao en est un exemple éloquent. Bien qu’annoncée depuis plusieurs années, cette force régionale n’est pas encore pleinement opérationnelle. Elle est pourtant désignée comme un instrument essentiel pour une réponse rapide face au terrorisme, aux crises politiques et aux menaces qui pèsent sur la stabilité de la région.

Les réunions préparatoires des ministres et des responsables de la sécurité, tenues à Freetown cette semaine, attestent de la ferme intention de plusieurs États membres d’accélérer sa mise en œuvre.

Michel Ange Bangoura, chargé de la coopération avec la Cédéao pour la Guinée, partage son analyse : « Sur le plan institutionnel, tout est en place sur le papier. Il ne reste qu’à mobiliser les ressources nécessaires à son déploiement, à établir un état-major et à s’assurer que chaque pays contribue au minimum avec une compagnie. »

Interrogé sur une éventuelle date de mise en service de cette force, Michel Ange Bangoura a précisé : « Je pense que les discussions en cours lors de cette session aborderont un déploiement à brève échéance de ladite force. Ne serait-ce que son regroupement dans un pays qui sera désigné à cet effet. »

Ce sommet devra également se pencher sur les réformes institutionnelles de la Cédéao. Il est impératif de restaurer la confiance et la crédibilité de l’organisation, mises à mal par plusieurs années de crises politiques et de coups d’État successifs dans la région.