17 juin 2026

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Faso Mêbo : des chantiers vitrines sous le feu des soupçons

Créée sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, l’agence « Faso Mêbo » a été présentée par les autorités de transition comme un symbole de reconstruction nationale et de souveraineté retrouvée. Cependant, derrière le discours officiel vantant le patriotisme, l’effort collectif et les chantiers visibles dans plusieurs localités, des observateurs pointent du doigt un système opaque dans la gestion des deniers publics et des contributions populaires.

Tandis que la communication gouvernementale met en avant la transparence et la rigueur dans l’exécution des projets, plusieurs sources et spécialistes de l’économie évoquent de graves dérives financières qui bénéficieraient à des intimes du régime.

L’effet vitrine des chantiers

Les réalisations de Faso Mêbo sont indéniables : pavage de rues, réhabilitation de caniveaux, aménagements urbains. Ces travaux offrent l’image d’une transformation accélérée du cadre de vie dans des cités telles que Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou. En impliquant la jeunesse, les étudiants et la diaspora, les autorités ont bâti un discours puissant autour de l’engagement citoyen pour la souveraineté.

Cependant, pour certains experts, cette visibilité pourrait également détourner l’attention de problèmes plus fondamentaux.

« Les chantiers à forte intensité de main-d’œuvre restent peu onéreux comparés aux sommes engagées dans l’effort national », confie un économiste burkinabè sous le couvert de l’anonymat. « L’accent mis sur les infrastructures visibles occulte parfois la question cruciale : celle de l’affectation réelle des financements collectés. »

Des interrogations sur la gestion des fonds

Les reproches concernent surtout les dispositifs de contrôle. Même si l’agence insiste sur la traçabilité de ses activités, de nombreux analystes déplorent l’absence d’instances indépendantes pour vérifier l’emploi des fonds issus du budget national et des dons citoyens.

Des documents internes et des signalements provenant de diverses sources évoquent des irrégularités potentielles : attribution de marchés sans mise en concurrence, prix jugés excessifs pour certains matériaux, et lignes budgétaires opaques. Selon ces mêmes sources, ces pratiques avantageraient un groupe restreint de responsables civils et militaires.

Un environnement qui limite la contestation

Une interrogation récurrente porte sur le mutisme des organes de contrôle et de certains médias nationaux. De nombreux observateurs attribuent cette situation au climat politique contemporain, caractérisé par une forte pression exercée sur les opinions divergentes.

Des journalistes, militants et magistrats ayant fait part de leurs réserves sur certaines décisions du pouvoir ont dénoncé des intimidations ou des assignations en zone de combat. Des organisations de défense des droits humains rapportent également des cas de disparitions et d’atteintes aux libertés, instaurant une atmosphère de crainte qui entrave les investigations.

Entre élan patriotique et exigence de transparence

Pour certains experts, Faso Mêbo incarne ce qu’ils appellent un « populisme infrastructurel » : des réalisations tangibles et visibles qui consolident le soutien populaire, tout en soulevant des questions sur la gouvernance et l’ouverture des comptes.

La participation citoyenne aux projets communautaires est unanimement saluée. Cependant, de nombreuses voix s’élèvent pour affirmer que cet élan patriotique ne doit pas compromettre l’obligation de rendre des comptes. Pour elles, l’amélioration de l’environnement urbain ne peut suppléer les impératifs de transparence et de saine gestion des ressources de l’État.