22 juillet 2026

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Forces étrangères au Togo : l’opposition exige des explications face à l’opacité sécuritaire

Une alliance politique et citoyenne face au flou sécuritaire

Au Togo, la région des Savanes, frontalière avec le Burkina Faso, est en première ligne face à la montée des menaces terroristes venues du Sahel. Pourtant, ce n’est pas cette insécurité grandissante qui focalise l’attention des Togolais, mais bien la présence non confirmée de militaires et paramilitaires étrangers sur le sol du pays. Une situation qui a poussé plusieurs formations politiques et mouvements de la société civile à briser le silence.

Dans une déclaration commune, la Dynamique Monseigneur Kpodzro, la Dynamique pour la majorité du peuple, le Lumière pour le développement dans la paix ainsi que le Front « Touche pas à ma Constitution » ont tiré la sonnette d’alarme. Leur cible ? L’absence totale de transparence du gouvernement de Faure Gnassingbé concernant le déploiement de ces effectifs étrangers, dont les missions et le cadre légal restent flous.

Des partenaires controversés sous les projecteurs

Les interrogations des opposants se concentrent sur deux acteurs dont la réputation suscite bien des débats : l’Africa Corps et la société SADAT.

Selon les informations disponibles, l’Africa Corps, structure liée à l’influence russe en Afrique, compterait jusqu’à 350 personnels déployés dans le Togo. Quant à la société SADAT, proche du gouvernement turc, elle serait impliquée dans des missions d’assistance technique et de formation au profit des forces locales. Pourtant, ni Lomé, ni Moscou, ni Ankara n’ont apporté de confirmation officielle, alimentant les spéculations sur leur rôle réel : instructeurs, experts en renseignement ou unités combattantes ?

Souveraineté, légalité et coûts : les angles morts dénoncés

Pour les signataires de la déclaration, le problème ne réside pas dans le principe même des partenariats sécuritaires, mais dans leur opacité. Trois axes de préoccupation majeurs sont mis en avant :

  • La chaîne de commandement : Les opposants exigent que tout personnel étranger soit placé sous l’autorité exclusive des Forces armées togolaises et que ses actions s’inscrivent dans le respect strict des lois nationales et internationales.
  • Les libertés civiles : Une crainte persiste quant à une possible ingérence dans la vie politique, notamment à travers des opérations de surveillance, des arrestations ciblées ou des intimidations envers des civils ou des figures politiques.
  • Le coût financier : Sans débat parlementaire ni transparence budgétaire, les partis signataires réclament un accès aux données sur les dépenses engagées par l’État pour ces partenariats. Un manque de clarté qui soulève des questions sur la gestion des deniers publics.

Le gouvernement togolais face à ses choix stratégiques

Malgré le silence des autorités, ce rapprochement avec des partenaires internationaux s’inscrit dans une logique plus large entamée depuis plusieurs années par le président Faure Gnassingbé. Face aux limites des alliances traditionnelles avec l’Occident, Lomé a diversifié ses relations en matière de défense.

Dès 2021, un accord de coopération militaire avec la Turquie a été signé, permettant notamment l’acquisition de drones de combat Bayraktar TB2, devenus un pilier de la surveillance des frontières nord. Parallèlement, les échanges avec la Russie se sont intensifiés, avec des collaborations portant sur le renseignement militaire, la formation des cadres et des exercices conjoints. Ces initiatives s’inscrivent désormais dans la Stratégie Togo-Sahel 2026-2028, un plan visant à renforcer la coopération sécuritaire régionale pour contrer la progression des groupes djihadistes vers l’océan Atlantique.

Vers un débat public sur la sécurité nationale ?

La question du déploiement de forces étrangères dépasse les simples enjeux militaires. Dans un Sahel marqué par des instabilités politiques et une recomposition des alliances, la transparence devient un facteur clé de stabilité. Pour l’opposition et la société civile togolaise, la sécurité du pays ne peut plus être gérée dans l’ombre.

Un débat public ou parlementaire permettrait de clarifier le cadre légal de ces interventions, d’apaiser les tensions et d’éviter que la question sécuritaire ne devienne un nouveau sujet de division politique. Pour l’instant, les attentes restent focalisées sur les réponses que le gouvernement de Faure Gnassingbé devra apporter sous la pression croissante de l’opinion publique.