Paul Biya absent : le Cameroun face à l’incertitude politique
Depuis le 7 juin 2026, le Cameroun est privé de la présence physique de son président, Paul Biya. Parti pour un séjour privé en Europe avec son épouse, celui qui dirige le pays depuis 44 ans n’a toujours pas fait son retour, malgré les 44 jours écoulés. Cette absence prolongée, inédite, alimente les spéculations sur son état de santé et relance les débats sur la gestion du pouvoir au sommet de l’État.
Les réseaux sociaux et certains médias bruissent de rumeurs concernant son état, tandis que l’opinion publique camerounaise s’interroge sur la continuité de l’exercice présidentiel. Dans ce contexte, les institutions du pays restent-elles pleinement opérationnelles ?
Le pouvoir en place tente de rassurer
Pour contrer les doutes, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, multiplie les messages rassurants. Dans un éditorial publié le 15 juillet, Christophe Mien Zok, responsable de la propagande du parti, a tenu à clarifier la situation : « Le pouvoir n’est pas vacant. Le Lion n’est pas parti », a-t-il déclaré. Il a ainsi rejeté les critiques évoquant un gouvernement à distance ou un État livré à lui-même.
Pourtant, aucune communication officielle détaillée n’a été publiée quant aux activités récentes du chef de l’État. Seuls quelques messages de félicitations, signés de sa main, ont été relayés par les canaux diplomatiques, comme ceux adressés à Emmanuel Macron à l’occasion du 14 juillet ou au président du Monténégro.
L’opposition exige des réponses
Face à ce silence, l’opposition camerounaise s’agite. Jean-Michel Nintcheu, député et figure politique, a saisi le Conseil constitutionnel pour examiner la question d’une éventuelle vacance du pouvoir. De son côté, l’Union démocratique du Cameroun (UDC) souligne que, si une absence prolongée ne constitue pas automatiquement une vacance, elle interroge sur la stabilité des institutions et l’effectivité des prérogatives présidentielles.
Le parti rappelle également qu’aucune disposition légale ne fixe de durée maximale pour une absence du président hors du territoire national. Par ailleurs, l’absence de vice-président, depuis la révision constitutionnelle d’avril, aggrave les inquiétudes quant à la préparation de scénarios d’urgence.
Un vide juridique à combler ?
Plusieurs constitutionnalistes estiment que le dépassement des 45 jours d’absence pourrait justifier une saisine du Conseil constitutionnel. Cependant, le cadre légal actuel reste flou sur ce point précis.
Pour l’UDC, cette situation met en lumière la nécessité d’une réforme institutionnelle. Le parti plaide pour l’adoption de règles claires encadrant les absences prolongées du président, afin d’éviter toute ambiguïté sur la continuité de l’État.
Alors que les jours passent, le débat s’intensifie entre les partisans d’un statu quo et les défenseurs d’une plus grande transparence. Les autorités maintiennent que les institutions fonctionnent normalement, mais l’opposition réclame des éclaircissements sur la situation réelle du chef de l’État et des garanties pour éviter toute instabilité.

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