Interdiction des motos de grosse cylindrée au Mali : une décision à double tranchant
Une mesure gouvernementale frappe actuellement le Mali : la circulation des motos de grosse cylindrée est désormais interdite en dehors des grandes agglomérations pour une durée d’un an, renouvelable. Cette restriction s’accompagne de l’interdiction d’importer, de vendre ou de distribuer ces véhicules dans tout le pays. Annoncée par un arrêté interministériel diffusé à la télévision nationale, cette décision vise officiellement à réduire la mobilité des groupes armés terroristes qui utilisent ces engins pour perpétrer leurs attaques.
L’arrêté précise que les motocyclettes de 125 cm³ et plus sont concernées par cette suspension. Seuls les districts de Bamako et les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement sont exemptés de cette restriction. Cependant, les gouverneurs locaux conservent une marge de manœuvre : ils peuvent adapter ou renforcer cette interdiction selon l’évolution de la situation sécuritaire dans leur zone.
Une mesure contestée par les populations rurales
Sur le terrain, la décision suscite des réactions mitigées. Dans le pays dogon, où les routes sinueuses et montagneuses rendent les motos indispensables, les habitants expriment leur inquiétude. « Ces motos sont vitales pour nous, que ce soit pour les paysans, les humanitaires ou même l’armée malienne. Elles remplacent les ambulances dans certaines zones ! » confie un habitant de Bandiagara, sous couvert d’anonymat. Pour lui, cette interdiction risque de paralyser le quotidien d’une région déjà fragilisée par l’insécurité.
À Mopti, autre zone touchée par la crise, les propriétaires de motos de grosse cylindrée s’interrogent sur l’impact économique de cette mesure. « Je livrais du pain aux villages éloignés chaque jour. Maintenant, comment vais-je continuer ? » s’interroge un habitant, dont l’activité dépend entièrement de ce moyen de transport.
Sécurité vs survie : le dilemme malien
Pour le gouvernement, cette interdiction est une réponse nécessaire face à la menace terroriste. Les groupes armés, comme le Jnim ou le Front de libération de l’Azawad (FLA), exploitent en effet la mobilité offerte par ces véhicules pour organiser des attaques coordonnées. Fin avril 2026, une offensive d’envergure menée par ces groupes a rappelé la gravité de la situation sécuritaire au Mali.
Pourtant, cette mesure ne fait pas que des heureux. Si elle peut limiter les déplacements des djihadistes, elle prive aussi les populations de leur principal moyen de locomotion. Dans un pays où les alternatives sont rares, cette décision interroge : comment concilier sécurité et survie quotidienne ?
Les autorités locales tentent de trouver un équilibre, mais pour l’heure, le débat reste ouvert entre impératifs sécuritaires et réalités socio-économiques.

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