3 août 2026

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La relation franco-marocaine face aux nouvelles règles industrielles de l’UE

Ces derniers mois, Paris exerce une pression soutenue sur Bruxelles. Pour les autorités françaises, l’avenir de la compétitivité européenne ne repose plus uniquement sur l’ouverture des frontières ou la concurrence internationale. Il exige une véritable politique industrielle ambitieuse, privilégiant les acteurs européens dans les secteurs clés, tout en réduisant les dépendances, notamment envers la Chine. Au sein de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif, défend actuellement un projet de règlement visant à dynamiser l’industrie du Vieux Continent. Malgré des ajustements réduisant quelque peu ses ambitions initiales, la France maintient une position proactive : elle propose désormais d’élargir le champ d’application du texte. Les mécanismes de préférence européenne dans les marchés publics, les acquisitions et les aides financières ne se limiteraient plus aux technologies vertes, aux industries énergivores ou aux véhicules électriques, mais s’étendraient à la construction navale, au matériel ferroviaire ainsi qu’à la chimie industrielle.

Or, ces secteurs correspondent précisément à ceux où la collaboration industrielle entre la France et le Maroc a atteint un niveau de maturité remarquable. Aucun autre État membre de l’UE ne peut se targuer d’un tel niveau d’intégration productive avec le Royaume. Cette particularité place Paris dans une situation unique : tandis que la France prône un « Fabriqué en Europe » exigeant, elle a bâti, depuis deux décennies, une stratégie de co-développement industriel avec un partenaire non membre de l’Union. Dans l’automobile, les usines de Tanger (Renault) et de Kenitra (Stellantis) fonctionnent désormais comme des prolongements directs des chaînes de production françaises. Les équipementiers marocains produisent des composants qui alimentent directement les sites industriels européens. Ce phénomène s’observe également dans l’aéronautique, où des acteurs majeurs comme Safran, Daher ou Latécoère intègrent progressivement les capacités industrielles marocaines à leurs propres écosystèmes. Le Maroc n’est plus un simple atelier de sous-traitance : il contribue désormais activement à la compétitivité de la production française et européenne. Cette synergie s’étend désormais aux domaines les plus stratégiques : batteries pour véhicules électriques, hydrogène vert, approvisionnements en matériaux critiques, infrastructures portuaires et même numérique.

« Aucun autre État membre de l’UE ne peut se vanter d’un tel niveau d’intégration productive avec le Maroc »

L’enjeu pour Paris n’est pas de cloisonner l’Europe, mais d’éviter qu’un concept flou de « Fabriqué avec l’Europe », englobant indistinctement les quatre-vingts partenaires commerciaux de l’Union, ne vide de sa substance la préférence industrielle européenne. La France plaide pour une approche plus nuancée : distinguer les pays qui participent activement à la compétitivité et à la sécurité des approvisionnements européens de ceux qui restent de simples fournisseurs externes – voire représentent une menace pour la souveraineté des Européens.

Jusqu’où cette vision pourrait-elle être partagée par les autres États membres ? À la mi-juillet, les 27 États de l’UE seront appelés à évaluer les avancées du projet de règlement lors d’une première lecture au Conseil. La position de l’Allemagne sera déterminante. Longtemps réticente face aux initiatives françaises en matière de préférence industrielle européenne, Berlin craignait les répercussions commerciales de Pékin et les représailles potentielles contre son industrie automobile. Face à une crise industrielle sans précédent et à un durcissement du débat politique intérieur, l’Allemagne ne peut plus se contenter d’un libre-échange traditionnel. Une ouverture sélective envers des partenaires fiables pourrait-elle servir de terrain d’entente entre Paris et Berlin ? C’est autour de cette idée que se jouera le devenir du partenariat industriel franco-marocain. Bien que la France n’ait jamais officiellement proposé d’inclure le Maroc parmi les futurs partenaires privilégiés, l’ensemble de sa stratégie industrielle et diplomatique en fait un candidat idéal pour bénéficier de ce statut.

La bataille ne se limitera pas aux institutions européennes. Au Parlement européen, deux rapporteurs français occupent des postes clés dans l’examen du règlement. Leur mission, ainsi que celle des délégations françaises, sera cruciale : s’assurer que les nouvelles normes réglementaires en gestation ne viennent pas fragiliser l’avenir du partenariat industriel entre le Maroc et la France.