14 août 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Le Cameroun face à la question du fédéralisme, une solution envisageable ?

Joseph Dion Ngute, Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du Dialogue national à Yaoundé, en 2019. Ce forum visait à apaiser les tensions dans les régions anglophones, mais l'absence de participation de certains acteurs clés a limité son impact.

Le Cameroun, pays d’Afrique centrale marqué par une diversité culturelle et linguistique profonde, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat brûlant. Celui-ci porte sur le fédéralisme, une question qui ressurgit avec une intensité particulière depuis des années. Après des décennies de centralisation du pouvoir, certains estiment que cette approche pourrait offrir une réponse aux tensions persistantes, notamment dans les régions anglophones.

Un système politique hérité de l’histoire

Depuis son indépendance en 1960, le Cameroun a opté pour un modèle unitaire, hérité de la colonisation et consolidé par les présidences successives d’Ahmadou Ahidjo puis de Paul Biya. Ce choix a permis une stabilité relative, mais il a aussi généré des frustrations, en particulier dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où l’anglais reste la langue dominante. Ces territoires, autrefois administrés séparément sous le mandat britannique, aspirent à une plus grande autonomie.

Le Dialogue national organisé en 2019 par le président Biya avait pour objectif de désamorcer la crise séparatiste qui secouait ces régions. Pourtant, malgré la tenue de cet événement, les attentes d’une avancée significative se sont heurtées à un obstacle majeur : l’absence de participation des figures les plus influentes de la rébellion. Cela a laissé le Cameroun dans une impasse politique, où la question du fédéralisme reste en suspens.

Les arguments en faveur d’un retour au fédéralisme

Les partisans d’un système fédéral avancent plusieurs arguments convaincants. Tout d’abord, ils soulignent que cette structure permettrait de mieux répondre aux spécificités locales, en reconnaissant les différences culturelles et linguistiques. Une plus grande autonomie administrative et financière pourrait ainsi être accordée aux régions, réduisant les tensions et favorisant un développement plus équilibré.

Ensuite, le fédéralisme est perçu comme un moyen de renforcer la cohésion nationale. En offrant à chaque région une voix plus forte dans la gestion des affaires publiques, les citoyens se sentiraient davantage représentés. Cela pourrait atténuer les sentiments d’exclusion qui alimentent les revendications séparatistes.

Enfin, certains observateurs rappellent que le Cameroun a déjà connu une forme de fédéralisme dans les années 1960, avant l’adoption d’une constitution unitaire. Cette période, bien que courte, a démontré que le pays pouvait fonctionner avec un système décentralisé. Un retour à cette structure pourrait donc être envisagé comme une solution pragmatique.

Les défis d’une telle réforme

Cependant, le passage à un système fédéral n’est pas sans risques. Les détracteurs de cette idée craignent qu’elle ne fragilise l’unité nationale, en accentuant les divisions entre les régions. Ils redoutent également que les ressources ne soient mal réparties, creusant encore davantage les inégalités économiques.

Un autre obstacle réside dans la complexité des négociations nécessaires pour mettre en place une telle réforme. Le Cameroun, avec ses 10 régions, devra trouver un équilibre délicat entre centralisation et décentralisation, tout en garantissant la stabilité politique. Les tensions actuelles, alimentées par des années de conflit, ajoutent une couche de difficulté supplémentaire à ce dossier.

L’opinion publique et les perspectives d’avenir

L’opinion publique camerounaise est divisée sur cette question. Si une partie de la population, notamment dans les régions anglophones, voit dans le fédéralisme une lueur d’espoir, une autre partie craint qu’il ne devienne un prétexte pour renforcer les clivages. Les débats restent vifs, tant parmi les citoyens que parmi les responsables politiques.

Pour l’heure, le gouvernement camerounais n’a pas encore tranché. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, n’a jamais clairement exprimé son soutien à une réforme fédérale. Pourtant, la pression monte, portée par des voix qui exigent des solutions concrètes pour mettre fin à la crise.

Dans ce contexte, l’avenir du Cameroun dépendra en grande partie de sa capacité à trouver un équilibre entre unité nationale et reconnaissance des spécificités régionales. Le fédéralisme pourrait-il être la clé d’une paix durable ? La réponse à cette question reste incertaine, mais elle façonnera sans doute l’avenir du pays pour les années à venir.