29 août 2026

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Le geste symbolique : la main qui dirige le Cameroun

Le président Paul Biya a finalement regagné le Cameroun le jeudi 20 août, après un séjour en Suisse qui s’est prolongé sur 74 jours. Les citoyens camerounais, qui attendaient son retour, n’ont pu apercevoir que sa main, saluant à travers la vitre légèrement entrouverte de la limousine présidentielle.

Ahmed Newton Barry.

Les attentes étaient grandes : voir le chef d’État descendre de la passerelle, comme à son habitude, pour saluer les dignitaires du palais d’Etoudi. Au lieu de cela, une simple main est apparue. Un détail lourd de sens dans le monde politique, où la main revêt différentes significations. Elle peut tour à tour tuer, tricher, bénir ou gouverner.

La main qui ôte la vie

Dans l’Antiquité romaine, le sort des gladiateurs dans l’arène était scellé par la main de César : le pouce levé signifiait la vie, baissé, la mort. Le 20 août à Yaoundé, la symbolique s’est inversée. Ce n’était plus la main de l’empereur qui décidait du destin, mais celle du dirigeant qui devait témoigner de sa propre vitalité à la nation. Les Camerounais ont ainsi vu la main de Biya les saluer, preuve de son retour en vie.

La main qui induit en erreur

Lorsque la force physique s’amenuise, l’ingéniosité de la main prend le relais. En 1986, le footballeur argentin Diego Maradona a marqué un but controversé contre l’Angleterre, le qualifiant de « Main de Dieu ». Une tricherie évidente que l’arbitre a pourtant validée. De même, le jeudi du retour présidentiel, bien que seule une main ait été visible, la CRTV, la chaîne de télévision nationale du Cameroun, avec son imposant dispositif de 200 agents pour filmer le cortège, a choisi de magnifier cet événement en un « miracle » médiatique.

La main qui accorde la bénédiction

Dans les rituels religieux, le pouvoir émane souvent de la main. Le prêtre impose les mains, le Pape offre sa bénédiction Urbi et orbi, et le roi est consacré par l’onction. Une fois ointe, la main devient une relique sacrée. Le jeudi, la scène s’est déroulée comme une liturgie inversée : une main-relique, à peine visible derrière une vitre teintée, telle une châsse processionnelle, destinée à raviver la foi des fidèles.

La main qui dirige

Enfin, nous atteignons le degré ultime : la main qui signe. Durant les 74 jours de son absence en Suisse, l’État a officiellement continué de fonctionner. La raison invoquée ? La main présidentielle signait toujours : décrets, nominations, lois. La main demeurait active, même en l’absence physique du corps. C’est l’essence même du pouvoir selon la plus ancienne définition juridique : la manus latine, incarnant la puissance. Désormais, il n’y a plus de discours, plus de présence corporelle sur le tarmac, mais seulement la signature et le salut. La main qui signe et la main qui salue.

À Rome, la main décidait de la vie ou de la mort d’autrui. Dans la sphère religieuse, elle conférait la bénédiction. À Yaoundé, elle signifie avant tout que celui qui l’agite est toujours en fonction. Après quarante-trois ans à la tête du pays, les Camerounais devront s’accoutumer, pour une durée incertaine mais probablement limitée, à être dirigés par une main. Marie Roger Biloa, journaliste camerounaise, l’affirme sans détour : « Le Cameroun doit se préparer à la disparition définitive d’un président déjà absent de facto. »