Le président congolais Félix Tshisekedi a annoncé, lors d’une allocution à la nation, l’organisation d’un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Cette initiative majeure est présentée comme une réponse directe aux multiples crises sécuritaires, politiques et sociales qui affectent la République démocratique du Congo depuis des années.
Dans cette intervention très attendue, le chef de l’État congolais a détaillé les contours d’un processus qu’il souhaite fondamentalement distinct des précédents dialogues politiques menés dans le pays.
« Ce Dialogue national se distinguera d’abord par son ancrage territorial : il ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés », a souligné Félix Tshisekedi.
Le président congolais affiche l’ambition de bâtir un dialogue « conçu par les Congolais et pour les Congolais ». Son objectif principal est d’identifier en profondeur les racines des crises récurrentes qui fragilisent la nation.
Si cette annonce a été bien accueillie par certains acteurs de la société civile, plusieurs figures de l’opposition ont rapidement exprimé des réserves, estimant que le format proposé était insuffisant ou inadapté au contexte actuel.
Un dialogue qui doit partir des provinces

Conformément aux explications présidentielles, le processus s’amorcera par une série de consultations approfondies dans les 26 provinces de la RDC, avant de culminer lors d’assises nationales à Kinshasa.
Ces forums provinciaux rassembleront une diversité d’acteurs : élus nationaux et provinciaux, représentants des partis de la majorité et de l’opposition, figures de la société civile, chefs coutumiers, confessions religieuses, ainsi que des acteurs économiques, universitaires et scientifiques.
La démarche vise à permettre à chaque province d’établir un diagnostic précis et autonome de sa situation.
« Chaque province établira, en toute franchise, son propre diagnostic : les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités, les obstacles au développement et les réformes jugées nécessaires », a précisé le chef de l’État de la RDC.
Les conclusions issues de ces concertations locales alimenteront ensuite les débats des assises nationales prévues dans la capitale.
Deux ordonnances pour organiser le processus
Félix Tshisekedi a également annoncé la signature imminente de deux ordonnances présidentielles pour encadrer cette initiative.
La première aura pour mission de créer un comité d’organisation. Ce dernier sera chargé de préparer tous les aspects administratifs, logistiques et matériels du dialogue, afin de réunir les conditions propices à son bon déroulement.
La seconde ordonnance convoquera officiellement le dialogue. Elle définira les modalités de représentation des participants, les différentes étapes du processus, et les mécanismes destinés à assurer le suivi rigoureux de la mise en œuvre des recommandations qui en découleront.
Le président a indiqué que l’ensemble des travaux s’étendra sur une période maximale de trois mois.
À l’issue de ces assises, l’adoption d’un « pacte national » est envisagée, accompagné d’un mécanisme permanent pour veiller au respect des engagements pris.
Tshisekedi fixe ses lignes rouges

Le président congolais a également pris soin de définir plusieurs limites qu’il considère comme infranchissables.
Il a notamment insisté sur le fait que ce dialogue ne saurait en aucun cas être interprété comme un cadre de partage du pouvoir.
« Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État », a-t-il affirmé avec conviction.
Félix Tshisekedi a également exclu toute remise en question des institutions issues des élections de 2023, soulignant l’importance du maintien de l’ordre constitutionnel.
Une autre ligne rouge concerne la participation des groupes armés.
« Nul ne sera exclu en raison de ses opinions, de ses critiques, de son appartenance politique, de son origine provinciale, de sa langue, de son ethnie ou de sa religion. Mais nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle », a déclaré le président.
Cette disposition écarte de fait les mouvements armés actifs dans l’est du pays, même si des négociations se poursuivent, notamment celles menées à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Le président a néanmoins tenu à rassurer que ce dialogue national ne se substituerait pas aux initiatives diplomatiques déjà engagées aux niveaux régional et international.
Claudel Lubaya parle d’un « rendez-vous manqué »
Sur le réseau social X, l’opposant Claudel Lubaya a formulé une critique acerbe à l’égard du discours présidentiel.
« Ni hauteur de vue, ni conscience de la gravité du moment, ni réponses à la mesure de la crise », a-t-il écrit.
L’ancien député estime que le chef de l’État n’a pas su apporter les solutions attendues face aux défis majeurs auxquels le pays est confronté.
Dans une autre déclaration, il a qualifié l’annonce présidentielle de « rendez-vous manqué avec l’histoire », considérant que le dialogue proposé ne répondait pas aux aspirations de nombreux Congolais.
Pour Claudel Lubaya, la problématique dépasse la simple question de la participation de certains acteurs au processus.
« Le point de désaccord, c’est le fond. Ce n’est pas la forme », a-t-il précisé dans les médias congolais.
L’opposant est allé plus loin en suggérant que ce dialogue risquait davantage de servir les intérêts de la coalition au pouvoir que de créer un véritable espace de concertation nationale authentique.
Christian Mwando doute de l’inclusivité

Le député et opposant Christian Mwando Nsimba, cadre du parti Ensemble pour la République, a lui aussi exprimé ses inquiétudes.
Selon lui, le format présenté par le président Tshisekedi ne semble pas en mesure d’apporter une solution durable à la crise actuelle.
« Ce que propose le président Tshisekedi est une vaste kermesse qui ne va pas mettre un terme au conflit », a-t-il affirmé.
Christian Mwando s’interroge notamment sur l’absence du terme « inclusif » dans le discours du chef de l’État, une notion pourtant régulièrement mise en avant lors des discussions antérieures concernant un dialogue national.
L’opposant questionne également la compatibilité entre ce nouveau cadre de concertation et le processus de Doha, spécifiquement dédié aux discussions avec l’AFC/M23.
Jean-Claude Katende soutient certaines orientations
À l’inverse des critiques, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a accueilli favorablement plusieurs points du discours présidentiel.
Dans un message publié sur X, l’avocat et défenseur des droits humains a particulièrement salué le refus catégorique d’un partage du pouvoir.
« Je souscris au discours du président Félix Tshisekedi sur le dialogue dans la mesure où il a clairement exclu tout partage du pouvoir », a-t-il écrit.
Jean-Claude Katende s’est également félicité de l’importance accordée à la participation citoyenne et aux mécanismes mis en place pour assurer le suivi effectif des résolutions qui seront adoptées.
Il a toutefois appelé à une vigilance constante.
« Je suis satisfait de l’intervention du président avec l’espoir que tout ce qu’il a dit sera observé et que ce n’est pas de la démagogie », a-t-il ajouté.
Un test politique pour le pouvoir

L’annonce de ce dialogue ouvre une nouvelle ère politique pour la RDC, un pays toujours aux prises avec une crise sécuritaire persistante dans l’est et de nombreuses tensions politiques internes.
Pour le pouvoir en place, le défi majeur est désormais de convaincre les diverses forces politiques, la société civile et les différentes composantes du pays que ce processus est viable et capable de produire des résultats concrets et durables.
Du côté de l’opposition, la question demeure de savoir si ce dialogue constituera un véritable espace de concertation nationale et inclusive, ou s’il s’agira principalement d’une initiative orchestrée par le camp présidentiel.
Les prochaines ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi devraient apporter des éclaircissements essentiels sur la composition du comité préparatoire et sur les modalités précises de participation aux futures assises nationales.

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