L’analyse sans fard de Serge Alain Godong sur le paysage politique camerounais avant 2027
À travers les prismes de la « théorie des jeux » et du « dilemme du prisonnier », Serge Alain Godong, éminent économiste, offre une perspective éclairée sur les dynamiques électorales au Cameroun. Son analyse suggère que la victoire de Maurice Kamto était improbable en 2018 et que ses chances pour la prochaine échéance électorale s’annoncent également ardues. Il y dépeint un pouvoir qu’il qualifie d’« ouvertement crépusculaire » et une base électorale privilégiant la sécurité du statu quo face à l’incertitude des promesses de changement.
« Le caractère manifestement crépusculaire du régime en place depuis quatre décennies invite plus que jamais à une réflexion approfondie sur les forces de consolidation ou de transformation à l’œuvre dans la sphère publique camerounaise », affirme Serge Alain Godong, diplômé de prestigieuses institutions comme Sciences-Po Paris et l’EHESS, dans son examen détaillé. Pour cet analyste, l’année 2018 constitue un jalon fondamental. Il rappelle le « pénalty marqué » que Maurice Kamto avait revendiqué avec assurance. Cependant, depuis cet épisode, Paul Biya a réaffirmé son autorité en prêtant serment, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a été efficacement neutralisé, et la majorité des citoyens camerounais semblent s’être résignés à la pérennité du pouvoir en place à Etoudi.
La « théorie des jeux » sert de socle à la démonstration de Godong. Elle repose sur deux principes essentiels : l’être humain est intrinsèquement un être calculateur, et il requiert des informations fiables pour optimiser ses bénéfices. Dans ce cadre, une élection se présente comme une conjoncture particulière où un individu propose à l’ensemble de la nation un pacte pour son futur.
Cependant, l’économiste estime que Maurice Kamto peine à présenter un contrat social plus convainquant que l’offre politique actuelle. Il souligne que les quelque 8,5 millions d’électeurs camerounais qui seront appelés aux urnes lors des prochaines élections n’accorderont leur soutien à Maurice Kamto que s’ils sont absolument convaincus que ce dernier saura, à l’avenir, mieux défendre leurs intérêts que l’actuel président, Paul Biya.
Serge Alain Godong identifie approximativement 16 millions de bénéficiaires du système actuel : il s’agit des fonctionnaires, des employés du secteur privé formel, des membres des professions libérales et leurs familles. Il évalue à environ 1500 milliards de francs CFA la somme qui est annuellement distribuée à ces 16 millions de Camerounais. Ces derniers profitent notamment des salaires, des opportunités offertes par les marchés publics et des grands projets d’infrastructure. Il est donc fort probable que ces citoyens, ainsi que leurs proches, voteront en faveur du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et de son candidat, en pleine conscience des enjeux.
C’est ici qu’intervient le « dilemme du prisonnier » : en l’absence d’informations coordonnées et de garanties tangibles quant à un modèle offrant des avantages supérieurs, l’électeur camerounais opte pour le maintien de la situation existante. L’expert souligne que les Camerounais sont pleinement conscients des lacunes de la conjoncture actuelle, mais qu’une grande partie d’entre eux semble préférer cette réalité déficitaire à une alternative potentiellement meilleure, dont la concrétisation reste incertaine.
L’analyse de Godong se tourne ensuite vers ce qu’il qualifie de « problème bamiléké ». En s’appuyant sur les travaux de Meredith Terretta, il évoque la dichotomie entre « gung » (territoire) et « lepue » (liberté), d’où émanerait un « darwinisme économique et social » souvent associé aux populations des Grassfields. Cette perception a une conséquence majeure : « Maurice Kamto n’est pas perçu comme un simple candidat proposant une offre politique différente, mais plutôt comme une figure quasi maléfique, porteuse d’un dessein jugé diabolique. »
Serge Alain Godong décrit un « syndrome » distinct du syndrome de Stockholm, caractérisé par un système de « manger ensemble ». Dans ce modèle, « chaque individu est interconnecté par de petites arrangements illicites ; chacun tire profit de son voisin ». Il en résulte une structure où « les gagnants sont ceux qui se servent, et les perdants, ceux qui subissent la faim ».
En conclusion, Godong affirme que le futur vainqueur des élections n’aura d’autre alternative que d’agir avec célérité et détermination. La rapidité sera essentielle pour une redistribution efficace des richesses, tandis que la fermeté sera requise pour ériger l’économie en priorité absolue. Atteindre une croissance de 6%, réduire le déficit public et intensifier la lutte contre la corruption sont des objectifs qu’il juge « sérieux et urgents » pour le Cameroun.
Finalement, l’analyste anticipe une évolution du jeu politique camerounais, qui devrait se départir de son caractère léthargique et rentier. Il insiste sur la nécessité pour le pays de bénéficier d’un « Paul Biya fort et engagé » afin de naviguer au mieux dans la période post-électorale et de consolider la stabilité nationale.

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