10 juillet 2026

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L’épidémie d’Ebola en RDC : une crise sanitaire qui pourrait consolider le pouvoir du M23

La situation sanitaire en République démocratique du Congo (RDC) ne cesse de s’aggraver. Les dernières données officielles, rendues publiques mercredi, révèlent une progression alarmante de l’épidémie d’Ebola, avec un bilan de 1759 cas confirmés et 600 décès. Au cours des dernières 24 heures seulement, 51 nouvelles infections et 20 disparitions ont été enregistrées. Cette flambée épidémique, potentiellement la plus dévastatrice de l’histoire, est d’autant plus préoccupante que la souche virale, identifiée comme le variant Bundibugyo, n’a été reconnue que tardivement.

Dans l’est du pays, cette épidémie mortelle progresse à un rythme supérieur aux efforts de confinement. Le M23, un influent groupe rebelle armé qui a pris le contrôle de vastes portions de territoire l’année dernière, y exerce une autorité de facto, percevant des taxes, gérant les services publics et se présentant comme la seule légitimité en place. Cette milice pourrait tirer un avantage stratégique de la crise. En cas d’explosion des cas d’Ebola dans les zones densément peuplées qu’il contrôle, incluant les capitales provinciales Goma et Bukavu, le M23 pourrait utiliser la gestion de l’épidémie pour asseoir et renforcer son pouvoir. Si le mouvement parvenait à maîtriser le virus, il conforterait son image d’autorité compétente, contrastant avec les difficultés du gouvernement congolais à endiguer la maladie.

Le M23 organise sa riposte face à Ebola

L’expérience de l’épidémie de 2018, marquée par le détournement de centaines de millions de dollars destinés à la lutte contre Ebola et l’emprisonnement du ministre de la Santé, a servi de leçon au M23. Le mouvement a ainsi mis en place une cellule de crise dédiée à Ebola, diffusé des vidéos documentant des visites dans des laboratoires et des centres de traitement, et produit des dessins animés éducatifs sur l’importance du lavage des mains. Ces rebelles, bénéficiant d’un soutien et d’une supervision du Rwanda, pays voisin de la RDC, ont également instauré des mesures restrictives, telles que la limitation du nombre de passagers dans les transports en commun, pour freiner la propagation du virus.

Des cas d’Ebola ont déjà été signalés dans les zones sous contrôle rebelle, y compris une infection à Goma, le quartier général du M23. Selon les chiffres du ministère congolais de la Santé, la transmission y semble actuellement faible. Cependant, les autorités sanitaires congolaises disposent d’une visibilité très limitée sur la situation dans ces territoires, ne pouvant vérifier de manière indépendante les données de base concernant les infections, le traçage des contacts et les décès. Un responsable de l’Institut national de santé publique de la République démocratique du Congo a clairement indiqué ne pas avoir accès à ces zones, rendant impossible l’établissement d’un bilan précis.

Menace d’une propagation massive aux Kivus

Malgré un contexte politique tendu, une forme de coopération technique perdure de part et d’autre de la ligne de front. Des échantillons prélevés dans les zones rebelles sont acheminés à Kinshasa, la capitale, tandis que d’autres, provenant de Beni, dans la province du Nord-Kivu sous contrôle gouvernemental, sont analysés au laboratoire de Goma. Le gouvernement congolais continue par ailleurs de rémunérer les professionnels de santé et les techniciens de laboratoire opérant dans les territoires du M23, et collecte des données sur les cas et le traçage des contacts, bien que ces informations ne puissent être vérifiées de manière indépendante par les responsables sanitaires.

Toutefois, les foyers d’infection se rapprochent dangereusement des zones occupées, progressant vers le sud depuis l’épicentre situé dans la province d’Ituri. Un directeur pour l’est de la RDC d’une organisation humanitaire chrétienne alerte sur la nécessité de se préparer activement à une explosion du nombre de cas qui pourrait déferler sur les provinces des Kivus.

Pour les autorités de la RDC, une épidémie d’une telle ampleur dans les zones contrôlées par le M23 serait catastrophique pour les civils déjà pris au piège des conflits et du virus. La ministre des Affaires étrangères du Congo a affirmé que ni le M23 ni le Rwanda ne possèdent les moyens adéquats pour gérer une intervention d’urgence face à une menace de cette envergure.

Les millions de Congolais résidant en territoire rebelle sont ainsi confrontés à un triple péril : être contaminés par Ebola, mourir de faim ou succomber à la violence, comme l’a souligné Denis Mukwege, gynécologue et lauréat du prix Nobel de la paix 2018, reconnu pour son engagement auprès des victimes de violences sexuelles.