3 juin 2026

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L’essor touristique au Sahara occidental : entre promotion marocaine et enjeux de souveraineté

La ville de Dakhla, située sur une péninsule balayée par les vents à la lisière du désert et de l’océan Atlantique, s’impose de plus en plus comme une destination de choix. Avec des vols directs à des prix compétitifs depuis Madrid et une offre d’hébergement allant de l’auberge conviviale aux complexes de luxe, la région est présentée par les voyagistes comme un trésor caché du Maroc.

Deux vacanciers européens s'allongent sur des chaises longues au Sahara occidental, tandis qu'un autre fait du kitesurf dans la mer

Pourtant, derrière les campagnes publicitaires se cache l’un des conflits territoriaux les plus anciens de la planète. Dakhla fait partie du Sahara occidental, un territoire que les Nations unies considèrent comme « non autonome ». Actuellement, environ 80 % de cette zone est administrée par le Maroc, qui la désigne sous le nom de « provinces du sud ».

Une croissance touristique fulgurante

Le nombre de voyageurs se rendant dans la partie du Sahara occidental sous contrôle marocain a connu une progression spectaculaire de 50 % en sept ans. Les statistiques indiquent que le flux est passé d’environ 490 000 visiteurs en 2019 à plus de 743 000 en 2025. Cette dynamique est largement soutenue par le développement des liaisons aériennes. Des compagnies comme Ryanair, Transavia France ou encore Binter Canarias opèrent désormais des vols vers cette zone depuis Paris, Madrid ou les îles Canaries.

Capture d'écran d'une campagne d'e-mails de Ryanair, faisant la promotion de vols vers le Sahara occidental

Sur place, le paysage change. De nombreux complexes hôteliers sortent de terre, même si certains semblent encore peu fréquentés. Pour les touristes, l’expérience est celle d’un voyage au Maroc : le drapeau national flotte sur les bâtiments et les tampons d’entrée sur le territoire sont marocains.

Tom Ruck prend un selfie devant le poste frontière de Guerguerat entre le Sahara occidental et la Mauritanie. Derrière lui se trouve une grande structure en béton sur laquelle est peint un drapeau marocain.

Les enjeux juridiques et éthiques

Cette promotion touristique ne fait pas l’unanimité. Des experts en droit international soulignent que l’étiquetage du Sahara occidental comme faisant partie intégrante du Maroc pourrait induire le public en erreur et contrevenir aux principes de l’autodétermination des peuples autochtones, les Sahraouis. Des plateformes comme Booking.com ou Expedia listent les établissements de la région sous la destination « Maroc », bien que certaines aient commencé à nuancer leur approche suite aux pressions de groupes militants.

Le Front Polisario, qui lutte pour l’indépendance du territoire, dénonce une stratégie du « fait accompli ». Selon ses représentants, l’exploitation économique et touristique de la zone viole les droits inaliénables des populations locales reconnus par les Nations unies.

Une femme âgée portant un foulard bleu et blanc porte un drapeau du Sahara occidental devant d'autres manifestants

Un contexte diplomatique en mouvement

L’histoire de la région est marquée par le retrait de l’Espagne en 1976, suivi d’un conflit armé entre le Maroc et le Front Polisario. Un cessez-le-feu a été instauré en 1991 sous l’égide de l’ONU, prévoyant un référendum qui n’a jamais été organisé. Aujourd’hui, le Conseil de sécurité des Nations unies semble privilégier un plan d’autonomie proposé par le Maroc, une option soutenue par les États-Unis depuis 2020.

Malgré ces avancées diplomatiques, la situation reste tendue. Le Front Polisario rejette fermement toute proposition qui ne garantirait pas l’indépendance totale et surveille de près les activités des entreprises internationales dans la région, envisageant même des recours juridiques contre celles qui favorisent l’ancrage marocain au Sahara occidental.