Alors que les tensions s’intensifient dans plusieurs régions du Mali, l’ONG Amnesty International a lancé un appel urgent en faveur du respect des droits fondamentaux des civils, notamment leur liberté de circulation. Depuis deux semaines, Bamako subit un blocus imposé par le Jnim, aggravant la crise humanitaire et économique dans ce pays enclavé.
Une crise humanitaire aggravée par les restrictions
Dans un communiqué rendu public ce jour, l’organisation dénonce les conséquences désastreuses du blocus de Bamako, qui prive les habitants d’un accès vital aux ressources. « Ce siège illégal menace directement les droits à la sécurité alimentaire, à la santé et à la vie des civils », précise le document. Le Jnim, qui contrôle désormais plusieurs axes routiers stratégiques, a également ciblé des convois civils non escortés, comme celui attaqué le 6 mai entre Bamako et Bougouni, transportant des fruits et denrées.
Kidal et Gao : des villes sous tension
La situation reste particulièrement explosive à Kidal, sous le contrôle des rebelles touareg du FLA et de leurs alliés du Jnim depuis fin avril. L’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes aériennes dans les prochains jours, tandis que les séparatistes revendiquent la capture de 200 soldats maliens. Les habitants subissent des coupures d’électricité et des difficultés de communication avec le reste du pays.
À Gao, bien que sous l’autorité gouvernementale, la population vit dans un climat de méfiance généralisée. Les prix des produits de base, comme l’oignon, ont doublé, reflétant l’inflation liée aux tensions. « On nous demande de croire uniquement aux communiqués officiels », confie une résidente, soulignant la défiance envers les informations disponibles.
Le centre du Mali : une zone sous emprise djihadiste
Dans le centre du Mali, plusieurs localités, notamment dans les régions de Ségou et de Koulikoro, sont désormais sous le joug des groupes armés. Ces derniers imposent la zakât, ferment les écoles et restreignent les libertés. Selon les dernières données, plus de 2 300 établissements scolaires sont fermés, principalement dans le Nord et le Centre, où l’insécurité règne en maître.
Des experts, comme Abdoulaye Sounaye, analyste spécialisé des mouvements djihadistes, estiment que « les forces en présence se préparent à une escalade ». « Le gouvernement et l’armée semblent déterminés à réagir, tandis que le Jnim et le FLA observent avant d’éventuellement relancer les hostilités. Entre ces belligérants, ce sont les civils qui trinquent. »
Vers un dialogue national pour sortir de l’impasse ?
Face à l’aggravation de la crise, plusieurs voix s’élèvent pour plaider en faveur d’un dialogue inclusif. Hervé Lankoandé Wendyam, analyste en questions politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest, met en garde : « La volonté de détacher le Nord du reste du pays est un danger réel. Le centre du Mali est désormais le théâtre d’une montée en puissance des hostilités, avec des prises de villes stratégiques. »
Pour Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, « la solution passe par un règlement politique. Le gouvernement doit s’ouvrir au dialogue avec toutes les composantes du pays pour éviter une crise sans fin. » Les négociations avec les groupes armés restent cependant exclues officiellement par Bamako, qui les qualifie de terroristes. Pourtant, des discussions secrètes ont déjà eu lieu pour assurer l’approvisionnement en carburant.
« Tôt ou tard, les parties devront s’asseoir autour d’une table pour trouver un accord durable », prédit Abdoulaye Sounaye, tout en soulignant la nécessité d’une volonté politique forte pour y parvenir.

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