2 juin 2026

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Mali : l’étau médiatique se resserre et le pouvoir se centralise à Bamako

Vue générale de Bamako après les attaques lancées contre des bases militaires à travers le pays, à Bamako, au Mali, le 25 avril 2026.

L’Iran, Gaza, la Russie, le Venezuela, ou encore le Mali… Ces régions et nations, souvent associées à des situations complexes, ont captivé une grande partie de l’attention médiatique internationale ces derniers mois, certaines étant même au cœur de l’actualité depuis des années. Un étrange paradoxe, souvent ignoré du grand public, révèle que l’accès à une presse libre et indépendante y est largement entravé. Les autorités locales s’efforcent de maîtriser le discours qu’elles souhaitent imposer au monde.

C’est précisément le cas au Mali. Dans ce pays, secoué par des attaques d’envergure menées par les groupes jihadistes et les indépendantistes touareg le 25 avril, la diffusion de nombreux médias francophones a été suspendue, sous l’accusation de « désinformation ». Cette pratique, similaire à celle observée au Niger et au Burkina Faso, témoigne d’une « fermeture progressive de l’espace de l’information et de campagnes gouvernementales visant à influencer les récits, censurer et réprimer ceux qui pourraient s’y opposer ». Un chercheur en droits humains avait récemment souligné que « le Sahel est devenu un goulag de l’information ». La surveillance est constante, les journalistes sont menacés et intimidés, plongeant les citoyens sahéliens dans une sorte de « zombification ». À l’instar de l’ère soviétique, la population est soumise à un endoctrinement. Il n’est d’ailleurs pas anodin que ces nations entretiennent des liens étroits avec la Russie de Vladimir Poutine.

L’alignement avec la Russie est une ligne rouge

À Bamako, l’alignement avec la Russie est une ligne rouge. L’activiste pro-démocratie Ibrahima Tamega, œuvrant pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel, en a fait l’amère expérience. Il a été interpellé le 23 mai dans la capitale malienne, soupçonné d’avoir été impliqué dans la création de graffitis critiques envers Moscou, et aurait été détenu pendant plusieurs jours au commissariat du troisième arrondissement. Bien que l’incident puisse paraître anodin, il revêt une dimension hautement politique. En effet, depuis la rupture avec Paris, les autorités maliennes ont érigé leur alliance avec Moscou en pilier central de leur discours souverainiste. La Russie est dépeinte comme un partenaire respectueux de Bamako, qui s’abstient de toute ingérence et soutient les Forces armées maliennes dans la reconquête de leur territoire. Aucune autre version des faits n’est tolérée. L’affaire Tamega met en lumière la sensibilité du régime face à toute critique de son partenaire stratégique. Dans un paysage politique déjà restreint, où partis, opposants et activistes sont sous surveillance constante, un simple graffiti mural se transforme en acte de résistance. La réaction policière envoie un avertissement clair à quiconque oserait remettre en question l’axe Bamako-Moscou.

Protéger le chef plutôt que la nation

Par ailleurs, une analyse de Salah Ben Hammou, chercheur à la Rice University aux États-Unis, et Hiba Naciri, de l’Université de Montréal, intitulée « Mali : les dangers de la personnalisation du pouvoir autour d’Assimi Goïta », met en garde contre les risques actuels. Les deux chercheurs constatent que le général Assimi Goïta, qui détient simultanément les titres de chef de l’État et, récemment, de ministre de la Défense, a « centralisé l’autorité au sein de la présidence ». Ils soulignent que, à mesure que le pouvoir se concentre autour d’un unique dirigeant, les décisions se fondent davantage sur la loyauté personnelle que sur les intérêts de l’armée ou l’intérêt national au sens large.

En d’autres termes, analysent les deux experts, cette concentration de l’autorité autour d’un seul leader tend à fragiliser les institutions essentielles à une gouvernance efficace et à une stabilité durable. Les forces armées risquent alors d’être réorganisées, non pas pour leur efficacité opérationnelle, mais plutôt pour assurer la protection du dirigeant face à ses rivaux et aux menaces internes. Sur le terrain, ces dynamiques peuvent entraver la coordination et diminuer la capacité des forces armées à contrer efficacement la violence insurrectionnelle.