16 juin 2026

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Niger : jusqu’à vingt ans de prison pour les actes homosexuels selon le nouveau code pénal

Le Niger a récemment pris un tournant juridique d’importance. Longtemps marqué par un vide juridique sur cette question, le pays inscrit désormais clairement dans sa loi la criminalisation des relations entre personnes de même sexe, ainsi que du militantisme LGBTQIA+. Adopté discrètement en février dernier par les autorités militaires en place, le nouveau code pénal prévoit des peines d’emprisonnement d’une rigueur inédite et des amendes d’un montant record.

Ce que prévoit le texte

Le contenu de la loi, rendu public après sa publication au Journal officiel, ne se limite pas à interdire les relations homosexuelles ; il étend considérablement le champ des infractions :

  • Peines de prison de base : Toute personne qui commet ou tente de commettre un « acte impudique ou contre nature » ou des pratiques LGBTQIA+ encourt de 5 à 10 ans d’emprisonnement.
  • Circonstances aggravantes (jusqu’à 20 ans) : Les peines peuvent être doublées et atteindre 20 ans de réclusion en fonction de la nature de certaines infractions spécifiques liées à ces pratiques.
  • Amendes records : Les sanctions financières vont jusqu’à 500 millions de francs CFA (environ 750 000 euros), sans circonstances atténuantes ni sursis possible.
  • Ciblage du militantisme et du soutien : La loi punit des mêmes peines de prison quiconque « gère, dirige, fait fonctionner, finance ou participe à des clubs, des sociétés, des organisations ou associations pour homosexuels ou LGBTQIA+ ». Les organisateurs ou témoins de mariages de personnes de même sexe sont également passibles des mêmes sanctions.

Les arguments des autorités : souverainisme et valeurs culturelles

Pour le régime dirigé par le général Abdourahamane Tiani, cette réforme est présentée comme une nécessité pour la cohésion nationale. Le ministre de la Justice, Alio Daouda, a publiquement soutenu cette orientation : « Nous avons voulu adapter notre droit aux valeurs sociales et culturelles du pays. »

Ce discours s’inscrit dans la ligne politique générale de la junte nigérienne, axée sur le souverainisme et le rejet de ce qu’elle qualifie d’« ingérences occidentales » dans les mœurs locales. Ce durcissement sociétal n’est pas totalement soudain : dès 2024, le gouvernement avait déjà retiré certains modules d’éducation sexuelle des programmes scolaires et interdit des applications de sensibilisation à la santé reproductive, arguant qu’elles portaient atteinte aux valeurs de ce pays majoritairement musulman et conservateur.

Un alignement sur le durcissement législatif régional

Le cas du Niger n’est pas isolé. Le pays rejoint une dynamique de répression institutionnelle de l’homosexualité en Afrique de l’Ouest, portée par plusieurs transitions politiques et pressions d’organisations religieuses :

  • Niger (février 2026) : Point de départ de l’actualité. Le pays passe d’un flou juridique à l’une des législations les plus sévères de la région avec le nouveau code pénal. La peine maximale y atteint désormais 20 ans de prison en cas de circonstances aggravantes, assortie d’amendes record.
  • Sénégal (mai 2026) : Le pays a récemment voté un durcissement de sa législation préexistante. Les peines de prison pour les actes dits « contre nature » ont été doublées, portant la peine maximale encourue à 10 ans.
  • Burkina Faso (2025) : À l’instar de son voisin nigérien, le Burkina Faso a formellement inscrit la criminalisation de l’homosexualité dans ses textes de loi l’année dernière, fixant la peine maximale à 5 ans de prison.
  • Ghana (2024-2026) : Après un long et complexe feuilleton législatif et judiciaire autour de son projet de loi anti-LGBT+, le cadre légal ghanéen punit désormais ces pratiques et leur promotion de peines allant de 3 à 5 ans de prison.

Les vives inquiétudes des organisations de défense des droits humains

L’annonce de l’application de ce code pénal suscite l’alarme au sein de la communauté internationale et des ONG locales et internationales. Les défenseurs des droits humains soulignent que cette législation expose une minorité déjà fortement stigmatisée à des risques accrus de violences, de dénonciations calomnieuses et d’extorsions.

De leur côté, les acteurs humanitaires présents sur le terrain craignent que ces dispositions ne compliquent l’accès aux soins de santé essentiels, notamment en matière de prévention du VIH, en poussant les populations vulnérables vers une clandestinité totale. Avec plus de trente pays sur cinquante-quatre criminalisant désormais les relations homosexuelles sur le continent africain, le Niger s’aligne sur les régimes juridiques les plus répressifs de la sous-région.