Derrière la confirmation de la note souveraine du Cameroun à « B-/B » par l’agence Standard & Poor’s (S&P), avec perspective stable, se cache un message bien plus subtil qu’il n’y paraît. En officialisant ce verdict à la mi-septembre, l’agence américaine ne s’est pas contentée de valider les équilibres budgétaires du pays : elle a hissé la transition politique de Yaoundé au rang de variable incontournable pour les investisseurs. Un satisfecit en apparence, mais qui ressemble surtout à un avertissement à peine voilé.
Un statu quo qui en dit long sur les fragilités camerounaises
En reconduisant le « B-/B », S&P entérine la trajectoire budgétaire négociée avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en rappelant la vulnérabilité structurelle de l’économie camerounaise. La note reste ancrée dans la catégorie spéculative, à cinq crans du seuil « investment grade », ce qui signifie que la capacité de remboursement du pays demeure exposée aux chocs. Les analystes pointent un endettement public toujours lourd et une exécution budgétaire malmenée par les fluctuations des cours pétroliers.
Mais le vrai signal se niche ailleurs. S&P insiste sur les incertitudes politiques susceptibles de faire dérailler cette stabilité apparente. Le Cameroun entre dans une séquence électorale à hauts risques, la présidentielle devant sceller ou non la longévité d’un régime installé depuis plus de quarante ans. Ce contexte alimente la prime de risque exigée par les marchés, dans une région sahélienne déjà en proie aux turbulences et à un resserrement des financements pour les émetteurs africains.
L’après-Biya, véritable épine dorsale de la notation
C’est bien la question de la succession au sommet de l’État qui cristallise les inquiétudes. L’agence considère que l’issue du scrutin et, plus largement, la gestion de l’après-Biya détermineront la stabilité macroéconomique du pays pour les années à venir. Une transition maîtrisée permettrait de préserver le lien avec les bailleurs, à commencer par le FMI, dont le programme sert de colonne vertébrale aux réformes. À l’inverse, un blocage politique, une contestation post-électorale ou une vacance mal préparée exposerait Yaoundé à une fuite brutale des capitaux et à une dégradation de sa signature.
Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun joue un rôle d’ancre régionale. Sa note influence directement les conditions de financement des autres émetteurs de la zone franc, du Gabon à la République du Congo. Un décrochage souverain camerounais aurait donc des répercussions immédiates sur la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et sur les réserves de change communes, déjà mises à rude épreuve par les besoins de refinancement extérieur des pays membres.
Des réformes budgétaires à l’épreuve des vulnérabilités persistantes
Sur le front macroéconomique, S&P salue les efforts pour rationaliser les subventions aux carburants, élargir l’assiette fiscale et contenir la masse salariale. Ces mesures, dictées par la lettre d’intention signée avec le FMI, ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de niveaux jugés soutenables. Mais la mobilisation des recettes non pétrolières reste faible, autour de 12 à 13 % du produit intérieur brut, un ratio bien en deçà des standards des économies comparables.
La dépendance aux hydrocarbures continue de fragiliser les équilibres extérieurs. La production pétrolière camerounaise décline structurellement, érodant les recettes d’exportation alors que les besoins d’importation, notamment alimentaires et énergétiques, restent élevés. Le service de la dette extérieure, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, absorbe une part croissante des ressources publiques, réduisant la marge de manœuvre pour les investissements de long terme.
Les partenaires techniques et financiers surveillent aussi la mise en œuvre effective des recommandations du FMI sur la gouvernance des entreprises publiques, en particulier dans les hydrocarbures et l’électricité. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co figurent parmi les entités dont la restructuration conditionne la crédibilité de la trajectoire budgétaire annoncée à l’horizon 2027.
Un double message envoyé aux investisseurs et aux bailleurs
Pour les gestionnaires d’actifs exposés à la dette africaine, le signal de S&P est ambivalent. La stabilité de la note ouvre la voie à de nouvelles émissions d’eurobonds ou à des placements privés, si les conditions de marché le permettent. Mais la mention explicite du risque politique incite à la prudence, à quelques semaines d’une échéance qui redessinera la géographie du pouvoir dans la sous-région. Les diplomates occidentaux et les capitales du Golfe, très actives dans le financement des infrastructures africaines, observent la situation avec la même attention.
L’agence a explicitement lié la stabilité de sa perspective à la capacité des autorités à assurer une transition ordonnée, condition sine qua non du maintien de l’accès aux marchés internationaux de capitaux.
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