Le développement des infrastructures de transport au Cameroun franchit une étape décisive ce jeudi 4 juin à Yaoundé. L’État, aux côtés d’Africa Global Logistics (AGL) et de Camalco, filiale de l’entreprise australienne Canyon Resources, s’apprête à signer un mémorandum d’entente (MoU). Cet accord vise à structurer les échanges autour du futur corridor ferroviaire reliant Edéa, Kribi, Lolabé et Campo. La cérémonie officielle se tient sous l’égide du ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe, avec pour ambition majeure de relier le réseau ferré national au port en eau profonde de Kribi.
Une architecture logistique intégrée pour le Sud du pays
Ce projet ne se limite pas à la simple construction de rails ; il s’inscrit dans une volonté globale de transformation de la chaîne logistique camerounaise. L’idée est de créer une synergie efficace entre le rail, les ports et les sites miniers. Le tracé Edéa–Kribi–Campo, long de 184,5 kilomètres, est une priorité de la planification ferroviaire nationale depuis plusieurs années. En intégrant la connexion vers Lolabé, les autorités entendent maximiser le potentiel du port de Kribi.
Le futur partenariat public-privé (PPP) devrait englober toutes les phases du projet : des études techniques au financement, en passant par la construction et l’exploitation de la ligne. Bien que le montant total de l’investissement et le calendrier précis restent à affiner, l’objectif pour le gouvernement est clair : désenclaver la région Sud et accroître la compétitivité des exportations nationales. Pour AGL, ce projet permet de renforcer son expertise dans le transport de marchandises en Afrique centrale.
Kribi, un atout majeur pour l’évacuation des ressources minières
Le port en eau profonde de Kribi est la pièce maîtresse de cette stratégie. Actuellement, son efficacité est limitée par l’absence de liaisons terrestres lourdes. La création d’une voie ferrée permettrait à cette infrastructure de traiter des volumes massifs, soulageant ainsi le port de Douala, dont les capacités sont restreintes par les conditions de navigation dans l’estuaire du Wouri. Cette nouvelle connexion ferroviaire favoriserait également le développement des zones industrielles adjacentes.
L’implication de Camalco souligne l’importance minière du projet. L’entreprise gère le gisement de bauxite de Minim Martap, situé dans l’Adamaoua. Avec des réserves estimées à plus d’un milliard de tonnes, dont 144 millions de tonnes prouvées à haute teneur en alumine, ce projet nécessite une logistique d’évacuation ultra-performante combinant stockage portuaire et navires minéraliers de grande capacité.
Anticiper la montée en puissance de l’exportation de bauxite
Dans un premier temps, Canyon Resources prévoit d’utiliser les infrastructures existantes via Douala. Pour garantir la fluidité de ses opérations, Camalco a augmenté sa participation dans le capital du concessionnaire ferroviaire Camrail, passant de 9,1 % à 26,9 %. Des investissements ont également été réalisés dans les terminaux portuaires de Douala. Selon le calendrier actuel, les premières locomotives devraient être livrées au deuxième trimestre 2026, pour un début des exportations de bauxite prévu à la fin du troisième trimestre de la même année.
Toutefois, à long terme, le passage par Kribi via le nouveau corridor ferroviaire apparaît comme la solution la plus rentable pour réduire les coûts logistiques. Ce grand chantier structurant marque une volonté de moderniser l’économie camerounaise en s’appuyant sur la valorisation des ressources naturelles et l’optimisation des flux de transport.
Défis et perspectives du grand chantier ferroviaire
Si la signature de ce mémorandum est un signal fort, plusieurs étapes restent à franchir. Les partenaires devront s’accorder sur le partage des risques, le financement global et la gestion des impacts environnementaux et fonciers. Néanmoins, ce projet replace le corridor Edéa-Kribi-Lolabé-Campo au centre des priorités économiques du Cameroun, dessinant les contours d’une nouvelle ère industrielle pour le pays.

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