10 juillet 2026

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Prix des œufs au Burkina : une mesure anti-économique qui menace les producteurs

Une décision gouvernementale qui frappe de plein fouet la filière avicole

Les professionnels du secteur avicole au Burkina Faso subissent de plein fouet une mesure gouvernementale aussi inattendue qu’incomprise. Deux ministères, celui du Commerce et celui des Ressources animales, ont conjointement imposé un plafonnement du prix de l’œuf de poule pondeuse à 100 F CFA l’unité pour les consommateurs finaux. Pour les grossistes, le plateau est désormais fixé à 2 600 F CFA, tandis que les détaillants doivent respecter un tarif maximal de 2 750 F CFA. Présentée comme un acte de protection sociale, cette décision s’apparente en réalité à une strangulation économique pour un secteur déjà en difficulté.

L’inflation des coûts de production : un élément ignoré par les pouvoirs publics

Comment justifier une telle décision sans tenir compte de la flambée des coûts de production ? L’élevage de poules pondeuses repose entièrement sur l’acquisition de provendes, ces aliments composés (maïs, tourteaux de soja ou de coton, compléments minéraux) dont les prix ont explosé ces derniers mois. Entre l’inflation générale, la hausse des coûts logistiques et les tensions d’approvisionnement, les intrants avicoles sont devenus un poste de dépense insoutenable pour les producteurs.

En fixant arbitrairement le prix de vente de l’œuf sans compenser la hausse des intrants, l’État condamne les aviculteurs à vendre à perte ou, dans le meilleur des cas, à travailler avec des marges dérisoires. Une équation économique absurde qui menace la pérennité de toute la filière.

La liberté d’entreprendre sous le joug des décrets étatiques

La liberté d’entreprendre est un pilier fondamental de l’économie de marché. Elle repose sur la capacité des acteurs économiques à fixer leurs prix en fonction de leurs coûts réels et de leurs investissements. Or, en imposant un plafond tarifaire sans concertation avec les professionnels, l’État outrepasse ses fonctions de régulation et asphyxie l’initiative privée.

Pourquoi un entrepreneur prendrait-il le risque d’investir des millions de F CFA dans des infrastructures avicoles, de contracter des emprunts ou d’embaucher de la main-d’œuvre locale, si l’État se réserve le droit de limiter ses revenus à un seuil irréaliste ? Cette mesure envoie un signal désastreux : dans le Burkina Faso de demain, la rentabilité d’un secteur dépendra moins des efforts des producteurs que des décisions arbitraires d’une administration déconnectée.

Pénuries et marché noir : les conséquences prévisibles d’un blocage des prix

L’histoire économique a maintes fois démontré que les contrôles artificiels des prix produisent des effets contraires à ceux recherchés. Dans le cas du Burkina Faso, plusieurs scénarios catastrophiques se profilent :

  • La faillite des petits producteurs : Moins armés face aux crises que les grands groupes, les petits éleveurs locaux risquent de mettre la clé sous la porte, entraînant la destruction de milliers d’emplois.
  • Une chute de la production : Face à l’impossibilité de rentabiliser leur activité, certains aviculteurs réduiront leurs cheptels ou cesseront tout simplement leur activité.
  • L’émergence d’un marché noir : La raréfaction des œufs sur les étals officiels poussera les consommateurs vers des circuits clandestins, où le prix du plateau dépassera allègrement les 100 F CFA réglementaires. Ironie de la situation, ce sont les ménages les plus modestes qui en pâtiront le plus.

Pour une régulation équilibrée : soutenir la production plutôt que brider les prix

Protéger le pouvoir d’achat des Burkinabè est une priorité légitime. Cependant, cette protection ne doit pas se faire au détriment des producteurs, qui sont les véritables moteurs de l’économie locale. Si l’État souhaite réellement rendre l’œuf accessible à tous, le remède ne réside pas dans un plafonnement des prix, mais dans un soutien ciblé à la filière :

  • Subventionner les provendes pour réduire les coûts de production.
  • Exonérer les intrants avicoles de certaines taxes pour alléger la charge des éleveurs.
  • Faciliter l’accès au crédit pour permettre aux petits producteurs d’investir et de moderniser leurs exploitations.

Fixer le prix de l’œuf à 100 F CFA sans agir sur les coûts en amont relève d’une aberration économique. C’est aussi un message inquiétant envoyé aux entrepreneurs : dans le Burkina Faso actuel, la liberté d’entreprendre dépend moins des mécanismes du marché que des caprices des décrets. Pour éviter l’effondrement de la filière avicole et préserver la souveraineté alimentaire du pays, il est urgent de libérer les prix et de soutenir activement la production.