Au Mali, la dissolution récente de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM) par le ministre de l’Administration territoriale s’ajoute à une série d’actions répressives ciblant la société civile. Cette décision intervient après des accusations de violences et affrontements dans les milieux scolaires et universitaires, ainsi que la découverte d’armes, de stupéfiants et de sommes d’argent non justifiées en possession de certains membres de l’association, selon les déclarations officielles.
Une vague de dissolutions sans précédent
L’AEEM n’est que la dernière victime d’une campagne accélérée contre les structures critiques du pouvoir. En moins de quatre mois, trois autres organisations ont subi le même sort :
- Le 6 mars : la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants (CMAS) de l’Imam Mahmoud Dicko, dissoute pour avoir appelé à des élections présidentielles et un retour à la démocratie civile. Les autorités l’ont qualifiée d’organe de déstabilisation et de menace pour la sécurité publique.
- Le 28 février : le parti politique Kaoural Renouveau, accusé de tenir des propos diffamatoires et subversifs à l’encontre de la junte militaire.
- Le 20 décembre : l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, une ONG évaluant les processus électoraux, suspendue pour des déclarations troublant l’ordre public de son président.
Un recul alarmant des libertés au Mali
Depuis le coup d’État de 2021, les autorités maliennes ont intensifié leur répression contre toute forme de dissidence, qu’elle soit pacifique, politique ou médiatique. Les actions récentes incluent notamment la disparition forcée du colonel Alpha Yaya Sangaré, lanceur d’alerte dénonçant des exactions commises par l’armée malienne, interpellé le 4 mars.
La Commission nationale des droits de l’homme du Mali (CNDH) a alerté sur les menaces graves pesant sur les droits civiques et politiques, dénonçant une tendance systémique de dissolution ou suspension d’associations et partis politiques. Ces préoccupations ont été relayées par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui a exprimé cette semaine son inquiétude quant à la restriction croissante de l’espace civique au Mali.
Un appel à la restauration des libertés fondamentales
Alors que le pays approche des trois ans de gouvernance militaire non élue, la nécessité d’un espace civique et politique sécurisé devient urgente. Les organisations dissoutes doivent être immédiatement rétablies, tandis que les autorités sont invitées à garantir le respect des droits et libertés fondamentales. Sans cela, la stabilité et la démocratie au Mali risquent de s’enfoncer davantage dans une impasse.

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