28 avril 2026

Répression croissante des militant·es des droits humains dans les pays du Sahel

Une vague de répression s’abat sur les défenseur·es des droits humains au Sahel

© AFP

Les pays du Sahel traversent une période sombre pour les libertés fondamentales. Les défenseur·es des droits humains, acteurs essentiels de la démocratie, subissent une répression systématique dans plusieurs nations de la région. Une étude récente de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains (partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT)) révèle une convergence alarmante des méthodes utilisées par les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad pour étouffer toute voix dissidente.

Des pratiques de répression similaires dans quatre pays du Sahel

Le rapport, rendu public en février 2025, s’appuie sur l’analyse de 61 cas concrets de violations des droits fondamentaux commises entre 2020 et 2025. Les méthodes employées par les régimes en place sont frappantes par leur similarité :

  • Arrestations et détentions arbitraires systématiques ;
  • Harcèlement judiciaire constant à l’encontre des militant·es ;
  • Enlèvements et disparitions forcées ;
  • Torture et mauvais traitements ;
  • Menaces en ligne et campagnes de diffamation ;
  • Dissolution d’associations et interdiction des rassemblements ;
  • Contrôle accru des médias et censure des contenus critiques.

Ces pratiques, de plus en plus généralisées, illustrent une stratégie coordonnée pour réduire au silence toute opposition et affaiblir la société civile. Les défenseur·es des droits humains, quel que soit leur domaine d’action (droits des femmes, protection de l’environnement, lutte contre l’impunité, etc.), deviennent des cibles privilégiées.

« La documentation de ces 61 cas met en lumière une réalité glaçante : les autorités du Sahel semblent s’enfermer dans un cycle de répression sans fin. Pourtant, ces pays doivent impérativement restaurer l’état de droit et la démocratie, valeurs chères aux populations locales. C’est un combat que nous devons soutenir sans réserve. »

Drissa Traore, Secrétaire général de la FIDH

Un espace civique en voie de disparition

Les libertés fondamentales, déjà fragilisées par les crises sécuritaires et politiques, subissent une érosion accélérée. Les autorités des quatre pays concernés violent délibérément leurs obligations internationales, notamment celles issues de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et des traités onusiens. Parmi les atteintes les plus graves :

  • Interdiction des manifestations pacifiques ;
  • Répression violente des rassemblements ;
  • Suspension de médias indépendants ;
  • Criminalisation de l’aide humanitaire.

Ces mesures, justifiées par des discours sécuritaires, servent en réalité à consolider le pouvoir au détriment des droits fondamentaux. Elles privent les populations d’un contre-pouvoir essentiel et aggravent les crises politiques, sociales et économiques.

« Il est urgent que les gouvernements du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad mettent fin à leurs pratiques répressives et se conforment à leurs engagements internationaux. Nous exigeons également des institutions régionales et onusiennes qu’elles interviennent sans délai pour protéger les défenseur·es des droits humains et sanctionner les violations. »

Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT

Des recommandations pour briser le cycle de la répression

Pour inverser cette tendance inquiétante, le rapport formule plusieurs propositions à destination des États du Sahel et de la communauté internationale :

  • Libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement ;
  • Fin des poursuites judiciaires à motivation politique ;
  • Protection renforcée des défenseur·es menacé·es ;
  • Enquête indépendante sur les cas de torture et disparitions ;
  • Restauration des libertés associatives et de réunion ;
  • Dialogue avec la société civile pour trouver des solutions durables.

Des organisations locales, comme le Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), l’Association Nigérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (ANDDH) et l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (ATPDH), jouent un rôle clé dans la défense des droits fondamentaux. Leur travail est d’autant plus crucial que les régimes en place tentent de les marginaliser.

Une mobilisation internationale indispensable

La situation au Sahel ne peut laisser indifférente la communauté internationale. Les Nations unies, l’Union africaine et les partenaires bilatéraux doivent exiger des comptes aux gouvernements concernés et soutenir financièrement et logistiquement les organisations de défense des droits humains. Sans cette pression extérieure, le risque de basculement dans l’autoritarisme est bien réel.

Les citoyen·nes du Sahel, attachés à la démocratie et à la justice, ne méritent pas de vivre sous le joug de régimes répressifs. Leur combat pour la dignité humaine doit être entendu et accompagné par le monde entier.

Pour aller plus loin, consultez le rapport complet en français ou sa version en anglais.