6 juin 2026

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Routes d’approvisionnement vers le Mali : les transporteurs sous haute tension

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routes d’approvisionnement vers le Mali : les transporteurs sous haute tension

Entre les appels à suspendre les voyages vers Bamako et les convois régulièrement ciblés, les axes routiers reliant le Mali à ses voisins subissent une crise sans précédent. Des transporteurs sénégalais aux opérateurs marocains, en passant par les routes guinéennes, chaque corridor vital pour l’économie malienne se trouve aujourd’hui sous pression.

Illustration symbolisant les perturbations sur les corridors d'approvisionnement vers le Mali

Les axes routiers reliant le Mali à ses partenaires commerciaux traversent une période critique. Les transporteurs, confrontés à des risques croissants, revoient leurs stratégies. Entre appels à la prudence et décisions radicales de suspension, les perturbations observées transforment durablement le paysage logistique de la région.

Le Mali, dépourvu d’accès à la mer, repose à près de 90 % sur le transport routier pour ses approvisionnements. Le corridor Dakar-Bamako, artère majeure, supporte à lui seul des volumes considérables. En 2024, près de 2,6 millions de tonnes de marchandises y ont transité via Dakar, confirmant son rôle central dans l’économie malienne. Pourtant, depuis quelques semaines, cet axe n’est plus épargné par les attaques et les incidents. L’Union des routiers sénégalais signale que onze camions ont été incendiés en quelques jours, poussant les professionnels à alerter sur l’impossibilité de couvrir les pertes financières.

Les attaques du 6 mai ont marqué un tournant. Plusieurs convois ont été pris pour cible sur l’axe frontalier mauritanien, où des groupes armés ont intercepté plus d’une quinzaine de camions en provenance du Maroc, du Sénégal et de Mauritanie. Parmi eux, six poids lourds marocains ont été réduits en cendres, exacerbant les craintes des opérateurs économiques.

Au Maroc, la méfiance s’installe. Les entreprises de transport réévaluent leurs calculs : hausse des primes d’assurance, allongement des temps de trajet, frais de sécurité en hausse… Autant de facteurs qui grèvent les marges déjà fragiles de ces longues traversées. Les transporteurs marocains, autrefois actifs sur ces routes, réduisent désormais leurs dessertes ou les stoppent temporairement.

Le corridor Guinée-Mali, alternative stratégique via Conakry, n’est pas en reste. Depuis fin avril, des attaques répétées ralentissent considérablement le flux des marchandises et des voyageurs. Cet itinéraire, pourtant essentiel pour diversifier les approvisionnements du Mali, voit son rôle s’amenuiser face à l’insécurité grandissante. Lorsque plusieurs corridors sont paralysés simultanément, les répercussions se font sentir à l’échelle régionale : retards de livraison, surcoûts logistiques, stocks accumulés… Les acteurs économiques paient le prix fort.

Les conséquences humaines et économiques sont lourdes. Des familles restent sans nouvelles de leurs proches partis sur la route pendant des jours. Les chauffeurs, contraints à des attentes interminables ou à des regroupements de convois, voient leurs conditions de travail se dégrader. Chaque interruption de trafic se répercute sur les prix des denrées, le niveau des stocks et, in fine, sur la stabilité du marché malien. Avec plus de trois ans d’instabilité sécuritaire dans le Sahel, ces perturbations rappellent que les défis ne touchent pas uniquement les frontières.

Les organisations professionnelles du transport, qu’elles soient sénégalaises, marocaines ou mauritaniennes, tirent la sonnette d’alarme. Les routes maliennes, autrefois vitales pour le commerce régional, deviennent des zones à haut risque. Les répercussions dépassent désormais les frontières de l’Alliance des États du Sahel, affectant l’ensemble des échanges transfrontaliers.