25 septembre 2026

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Sénégal : ce qui se cache derrière l’option de dissolution brandie par Diomaye Faye

Derrière l’apparente prudence du chef de l’État sénégalais se dessine une stratégie politique mûrement réfléchie. Interrogé à New York le jeudi 24 septembre, Bassirou Diomaye Faye a laissé planer l’éventualité d’une dissolution de l’Assemblée nationale, un scénario qui révèle les fractures profondes au sommet de l’État et les calculs politiques à l’œuvre depuis la rupture avec son ancien allié Ousmane Sonko.

Une réponse calculée qui en dit long sur la rupture

La formulation choisie par Bassirou Diomaye Faye n’a rien d’anodin. « Pourquoi exclure une prérogative dont on est investi par la Constitution ? », a-t-il lancé lorsqu’il a été questionné sur une possible dissolution de l’Assemblée nationale. Derrière cette question rhétorique se cache une réalité plus complexe : celle d’un président qui entend rappeler qu’il détient les leviers institutionnels face à une chambre désormais présidée par son ancien Premier ministre.

Le chef de l’État n’a fixé ni calendrier ni condition précise, préférant entretenir le flou. « Tout est question de nécessité ou de contexte. Le moment venu, selon ce qu’on aura en face, on décidera », a-t-il ajouté. Cette retenue apparente masque mal la tension qui s’est installée entre l’exécutif et le Parlement depuis que Ousmane Sonko a pris les rênes de l’Assemblée nationale.

Les racines d’un divorce politique longtemps tu

Pour comprendre l’origine de cette option radicale, il faut revenir sur la rupture entre les deux hommes. Bassirou Diomaye Faye a cette fois assumé publiquement les raisons du limogeage de son ancien Premier ministre, évoquant des « divergences persistantes sur certains sujets ». « Quand cette rupture de confiance a persisté, je me suis choisi un autre Premier ministre », a-t-il expliqué, balayant au passage l’hypothèse selon laquelle les discussions avec le Fonds monétaire international auraient été le déclencheur de leur séparation.

Cette clarification intervient dans un contexte où les relations entre les deux anciens alliés se sont dégradées bien avant que le grand public n’en prenne la mesure. Le départ d’Ousmane Sonko du gouvernement pour prendre la présidence de l’Assemblée nationale a transformé une rivalité personnelle en confrontation institutionnelle.

Un rapport de force qui se déplace au Parlement

Le véritable enjeu de cette séquence se joue désormais dans l’hémicycle. Avec Ousmane Sonko à la tête de l’Assemblée, l’examen des textes budgétaires portés par l’exécutif devient un terrain d’affrontement direct. Interrogé sur un possible rejet de la loi de finances rectificative par les députés du Pastef, Bassirou Diomaye Faye a renvoyé chaque institution à ses responsabilités : « Chacun assume ses responsabilités et le peuple arbitre. »

Cette réponse révèle une réalité politique : le président ne dispose plus d’une majorité automatique au Parlement, et chaque texte devient potentiellement un test de force. La menace de dissolution, sans être brandie explicitement, constitue dès lors un outil de pression dans ce rapport de force.

Une accusation de trahison retournée en engagement

Face aux accusations de trahison formulées par certains membres de son ancien parti, le président a opposé une défense fondée sur son serment. « La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment », a-t-il déclaré, déplaçant le débat de la loyauté partisane vers l’obligation constitutionnelle.

Cette posture s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement au-dessus des querelles partisanes. En invoquant son serment plutôt que ses engagements politiques antérieurs, Bassirou Diomaye Faye cherche à légitimer son autonomie décisionnelle face à ceux qui l’accusent d’avoir rompu le pacte initial.

Macky Sall et l’ONU : un soutien qui interroge

La question de la dissolution n’est pas le seul sujet qui a révélé les lignes de fracture de la scène politique sénégalaise. Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé son soutien à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, une position qui a de quoi surprendre au vu de l’héritage politique de l’ancien président.

Le chef de l’État justifie ce choix par l’expérience internationale de Macky Sall et la nécessité de défendre la représentation africaine à l’ONU. « Qui est de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », a-t-il interrogé, mettant en avant le parcours de son prédécesseur face aux défis mondiaux.

La question de la dette, qui pèse lourdement sur les finances sénégalaises, constitue également un argument avancé par Bassirou Diomaye Faye. Selon lui, Macky Sall a « subi les affres de la dette », une expérience qui le rendrait apte à porter un plaidoyer pour une réforme de l’architecture financière internationale. Une position qui élude toutefois la question des responsabilités attribuées à l’ancien pouvoir dans la dette non déclarée, un dossier qui reste ouvert.

Cette séquence new-yorkaise aura au moins eu le mérite de clarifier une chose : la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est plus une rumeur, mais une réalité assumée. Et la menace de dissolution, même non activée, constitue désormais une carte dans un jeu politique dont l’issue dépendra largement de l’attitude que l’Assemblée nationale adoptera face aux prochaines échéances budgétaires.