25 septembre 2026

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Simporé à la rtb : quand la parole militaire trahit la réalité du front

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Un aveu qui révèle l’échec d’une stratégie masquée

Sur les ondes de la Radio-Télévision du Burkina (RTB), le général Simporé a tenté un exercice périlleux : expliquer l’enlisement sécuritaire actuel en pointant du doigt les lacunes de l’armée « d’hier ». Pourtant, derrière cette parade rhétorique se cache une vérité bien plus cruelle. Comment expliquer que les mêmes troupes, autrefois qualifiées de « mal formées », aient réussi à maintenir un semblant de contrôle territorial, là où l’actuelle armée, équipée et entraînée par des instructeurs étrangers, échoue lamentablement ?

L’histoire réécrite : une propagande au service du déni

Le message martelé par le haut commandement militaire burkinabè est clair : les défaites d’aujourd’hui seraient le fruit d’un héritage encombrant. En effet, selon cette version, l’armée burkinabè, avant 2020, souffrait d’un manque criant de préparation tactique et d’instruction opérationnelle. Pourtant, les faits contredisent cette narration. Malgré des moyens limités et une structure fragile, les forces armées parvenaient à préserver l’intégrité de plusieurs chefs-lieux de province et à organiser des lignes de défense cohérentes.

Aujourd’hui, malgré la création de plus de trente nouveaux bataillons et un rééquilibrage doctrinal sous influence russe, plus de 65 % du territoire national échappe au contrôle de l’État. Une telle régression interroge : s’agit-il vraiment d’un problème de formation passée, ou bien d’une stratégie actuelle profondément défaillante ?

Des moyens nouveaux, mais une efficacité en chute libre

Le régime de transition a misé sur une refonte complète de l’instruction militaire, en s’appuyant sur des conseillers russes. L’objectif affiché ? Moderniser les forces armées. Pourtant, les résultats sont accablants :

  • Un coût humain insoutenable : Les champs de bataille du Sahel se transforment en boucheries. Les unités fraîchement formées subissent des pertes record, comme en témoignent les tragédies de Mansila et les revers répétés dans le Centre-Nord.
  • Une doctrine inadaptée aux réalités du terrain : La stratégie russe, axée sur la puissance de feu et l’affrontement direct, se heurte à la mobilité des groupes armés terroristes (GAT), qui opèrent en petites colonnes motorisées et privilégient les engins explosifs improvisés (EEI).
  • L’aliénation des populations locales : En sacrifiant le renseignement humain et la proximité avec les civils au profit d’une logique de répression brutale, l’armée a perdu le soutien des populations rurales, dernier rempart contre l’infiltration terroriste.

L’insulte aux héros tombés au combat

Qualifier l’armée d’hier de « mal formée » revient à nier l’héroïsme de milliers de soldats et de gendarmes qui, pendant des années, ont tenu le front avec des moyens dérisoires. Leurs sacrifices ont permis de contenir une menace émergente sans jamais abandonner des pans entiers du territoire. Aujourd’hui, alors que le pays fait face à des défaites en cascade, cette phrase résonne comme une insulte à leur mémoire.

Les « évacuations tactiques » de Boussouma et d’autres localités ne sont que l’aboutissement d’une stratégie militaire qui a progressivement trahi ses propres principes : la protection des civils et la défense du territoire.

La propagande au secours d’un pouvoir en crise

Deux ans après le changement de régime, l’aveu du général Simporé sur la RTB n’est pas une révélation, mais un aveu d’impuissance. Au lieu de reconnaître l’échec de la nouvelle doctrine, on préfère réécrire le passé pour masquer l’échec présent. Pourtant, la réalité est têtue : ce ne sont pas les hommes d’hier qui ont échoué, mais bien la stratégie d’aujourd’hui.

En substituant la propagande à l’analyse, le pouvoir militaire burkinabè se condamne à répéter les mêmes erreurs, dans l’indifférence des populations et au mépris du sang versé.