20 juin 2026

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Brésil 3-0 Haïti : une victoire en deux actes au Mondial 2026

En 1994, le Brésil mettait fin à vingt-quatre ans sans titre mondial, mais le sélectionneur Carlos Alberto Parreira essuyait des critiques sur le jeu jugé trop terne de son équipe, notamment en finale contre l’Italie. Journalistes, supporters, et même sa propre mère pointaient du doigt cette manière de gagner. Au Brésil, le résultat ne suffit pas : il faut du joga bonito. Vendredi à Philadelphie, la Seleção a offert ce mélange de victoire convaincante et de beau jeu… pendant une mi-temps.

Le sélectionneur italien Carlo Ancelotti avait modifié son attaque en remplaçant Igor Thiago par Matheus Cunha, une décision rapidement payante. L’attaquant de Manchester United a ouvert le score en déviant un tir mal dégagé de Vinícius Jr., juste avant la première pause hydropublicitaire. Puis, Cunha a signé un doublé d’une frappe du pied gauche dans la lucarne, toujours sur une offrande de Vini Jr., célébrant à la manière d’un surfeur. Avant la mi-temps, Vini Jr. s’est invité à la fête en trompant la défense haïtienne sur une passe lobée de Lucas Paquetá, bien plus en vue que lors du match nul face au Maroc.

Cunha a marqué de nouveau d’un tir du pied gauche dans la lucarne, sur un autre but préparé par Vini Jr. L’occasion de montrer à la planète sa célébration de surfeur.

Les tribunes vibraient, annonçant une raclée semblable à celle infligée par le Canada au Qatar la veille. Les Haïtiens, aux prises avec un carton jaune dès la quatrième minute, auraient pu voir rouge. Le sélectionneur Sébastien Migné a opéré un changement tactique crucial, passant d’une défense à cinq à une défense à quatre, avec un bloc plus bas et un milieu plus compact. L’hémorragie s’est arrêtée. Les Grenadiers n’ont pas « garé l’autobus » ; ils ont proposé un jeu direct et volontaire, mais bien plus lucide qu’en première période. On n’affronte pas le Brésil comme on affronte le Costa Rica.

Le Brésil a baissé de régime en seconde période, mais cette baisse de forme n’explique pas tout. La blessure de Raphinha (40e minute), ailier auteur d’une saison exceptionnelle au FC Barcelone (34 buts, 22 passes), a privé l’attaque d’un atout majeur. Neymar, toujours blessé, n’a même pas fait le déplacement à Philadelphie. On peut se demander si Ancelotti n’aurait pas mieux fait de sélectionner João Pedro, tranchant à Chelsea cette saison. Le premier sélectionneur étranger du Brésil s’est évité une polémique : écarter Neymar, 34 ans et blessé depuis une décennie, aurait été perçu comme un crime de lèse-majesté par une partie des journalistes et des supporters.

Après un match difficile contre le Maroc, le Brésil pourrait regretter de ne pas avoir creusé davantage l’écart de buts avant le dernier match de groupe. Quelques erreurs de communication entre la défense haïtienne et le gardien Johny Placide n’ont pas été exploitées. De leur côté, les Haïtiens se sont créé des occasions, notamment un une-deux entre Martin Expérience et Pierrot qui a offert le premier corner aux Grenadiers. Après l’heure de jeu, ils ont bien failli marquer sur leur deuxième corner, mais Alisson veillait.

Avec cette défaite, Haïti devient la première nation éliminée de ce Mondial. Le match décisif était contre l’Écosse, qu’ils ont accroché jusqu’à la fin avant de s’incliner 1-0. Les Grenadiers n’ont pas à rougir de leur parcours : éliminés par la nation la plus titrée de l’histoire de la Coupe du monde, pour leur deuxième participation. Ils joueront pour l’honneur mercredi contre le Maroc, demi-finaliste en 2022, dans un match suivi de près par leurs diasporas au Québec, le jour de la fête nationale.

En 1974, Haïti avait perdu ses trois matchs de poule : 3-1 contre l’Italie, 7-0 contre la Pologne (exactement 52 ans avant cette défaite face au Brésil) et 4-1 contre l’Argentine. Emmanuel Sanon avait marqué les deux seuls buts des Grenadiers. Y aura-t-il un nouveau buteur haïtien en Coupe du monde mercredi ?

Les Brésiliens, quintuples champions du monde, éliminés en quarts en 2022 par la Croatie, n’ont plus soulevé le trophée depuis 2002, à l’époque des 3R : Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho. C’est leur plus longue disette depuis celle qui a suivi le deuxième sacre de Pelé en 1970. Ils sont « dus », comme on disait avant la séance de tirs au but de la finale de 1994 au Rose Bowl. Reste à savoir s’ils sont prêts à gagner, et avec panache cette fois.