16 juin 2026

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Cameroun : le rythme de bitumage atteint 488 km chaque année de 2020 à 2025

De 2020 à fin 2025, le Cameroun a bitumé en moyenne 488 kilomètres de routes par an, un chiffre avancé par les autorités nationales. Cette cadence, mise en avant comme un signe fort de l’aménagement du territoire mené depuis Yaoundé, reflète la volonté de combler le retard accumulé en matière d’infrastructures routières dans un pays où les voies revêtues restent encore très minoritaires face à l’étendue du territoire et aux exigences logistiques régionales.

Un effort de bitumage qui redessine le maillage routier

Sur la période concernée, l’effort total avoisine 2 928 kilomètres de chaussées asphaltées, d’après la moyenne annuelle communiquée. Cette avancée s’inscrit dans un contexte où les ministères des Travaux publics et de l’Économie multiplient les annonces de chantiers, qu’il s’agisse d’axes interurbains majeurs, de voiries urbaines ou de tronçons à portée régionale. Le bitume, au Cameroun, revêt une dimension politique et économique : il influe directement sur l’accès aux bassins agricoles, la fluidité des couloirs d’exportation et le désenclavement des régions septentrionales et orientales.

Le réseau routier camerounais, longtemps dominé par les pistes non revêtues, voit progressivement s’épaissir son armature bitumée. La moyenne de 488 kilomètres annuels se compare favorablement aux performances des années précédentes, marquées par des retards fréquents sur les grands projets soutenus par les bailleurs internationaux. Néanmoins, le ratio entre le linéaire asphalté et l’ensemble du réseau classé demeure inférieur à celui de plusieurs pays comparables de la zone CEMAC, ce qui maintient une pression constante sur le gouvernement.

Corridors logistiques et compétitivité sous-régionale

L’enjeu dépasse les seules frontières nationales. Le Cameroun sert de plateforme logistique pour le Tchad et la République centrafricaine, deux États sans accès maritime dont les approvisionnements transitent en grande partie par le port de Douala. Chaque kilomètre de bitume posé sur les axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui se traduit par une baisse des coûts de transport, une réduction des délais et une meilleure fiabilité pour les chargeurs. Concrètement, les opérateurs portuaires et les transporteurs routiers ajustent leurs tarifs en fonction de l’état de la chaussée, dont la détérioration rapide en saison des pluies pèse lourdement sur les marges bénéficiaires.

Cette dynamique de bitumage soutient aussi la stratégie nationale de développement à l’horizon 2030, qui fait de la densification du réseau une condition préalable à l’industrialisation. Les zones agro-industrielles du Sud-Ouest, du Littoral et du Grand Nord dépendent étroitement de la qualité des liaisons routières pour écouler leurs productions vers les marchés intérieurs et les ports. Par ailleurs, la connectivité routière est un facteur clé d’attractivité pour les investisseurs miniers et forestiers, qui examinent les conditions d’évacuation des matières premières.

Financement, dette et viabilité du modèle

Derrière les kilomètres construits se pose la question du financement. Les chantiers routiers camerounais mobilisent des ressources budgétaires propres, des prêts concessionnels de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de bailleurs bilatéraux, ainsi que des financements chinois via Eximbank China. Cette architecture, efficace pour lever des sommes importantes rapidement, accroît le service de la dette publique et impose une rigueur budgétaire pour préserver les marges futures.

La pérennité du rythme actuel dépendra de la capacité du gouvernement à honorer ses engagements envers les entreprises adjudicataires, dont plusieurs ont publiquement dénoncé des arriérés de paiement ces dernières années. La question de l’entretien routier reste tout aussi cruciale : sans dotation stable au Fonds routier et sans politique d’entretien systématique, les tronçons bitumés se dégradent en cinq à sept ans, transformant l’investissement initial en passif latent. Les autorités camerounaises ont d’ailleurs annoncé un renforcement des mécanismes de péage et de prélèvements affectés pour sécuriser les fonds d’entretien.

Reste à savoir si la cadence de 488 kilomètres annuels pourra être maintenue, voire accélérée, dans un contexte budgétaire contraint et alors que les besoins en infrastructures secondaires, notamment les routes rurales, demeurent considérables.